À l’heure où la transition agroécologique s’impose progressivement comme un levier stratégique face aux défis climatiques et alimentaires, l’Afrique de l’Ouest se trouve confrontée à une équation centrale : comment transformer une multitude d’initiatives locales en un système cohérent, structuré et capable de changer d’échelle ? Cette problématique est au cœur des échanges engagés entre Lomé et San Pedro, à travers le Forum National sur l’Agroécologie et l’Agriculture Biologique (FNAAB) et le Salon mondial de l’agroécologie, organisés du 7 au 10 avril 2026.
À quelques heures de la clôture des travaux prévue le 10 avril, les discussions mettent en lumière une convergence de diagnostics : les initiatives existent, mais leur fragmentation limite encore leur impact sur les politiques agricoles et les systèmes de production.
Une dynamique réelle mais encore insuffisamment coordonnée
À Lomé, les travaux du FNAAB ont confirmé une réalité largement partagée par les acteurs du secteur : l’agroécologie progresse à travers une diversité d’expériences, mais sans véritable articulation globale.
Pour le commissaire à l’organisation, Dr Combey Anani, l’enjeu dépasse la simple tenue d’un forum. Il s’agit de construire un cadre structurant capable de fédérer producteurs, organisations paysannes, chercheurs et partenaires techniques autour d’une vision commune de l’agriculture durable.
Cette fragmentation des initiatives constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à leur impact systémique. Elle limite la circulation des bonnes pratiques, réduit les effets d’échelle et complique l’intégration dans les politiques publiques agricoles.
Financement et marchés : le verrou de la transition
Au-delà de la structuration, les débats ont fortement mis en avant la question du financement. Le forum joue un rôle d’interface entre les producteurs et les mécanismes de financement agricole et climatique, encore peu accessibles à une large majorité d’acteurs ruraux.
Mais la problématique ne se limite pas aux ressources financières. L’accès aux marchés et la valorisation des productions demeurent des enjeux déterminants. Sans circuits économiques structurés et sans dispositifs de certification adaptés, l’adoption des pratiques agroécologiques reste économiquement fragile pour de nombreux producteurs.
Agriculture familiale et sécurité alimentaire
Les organisations paysannes rappellent que l’agriculture familiale demeure le pilier central de l’alimentation dans la sous-région. Elle assure l’essentiel des productions vivrières, malgré une reconnaissance encore insuffisante de son rôle stratégique.
Dans ce contexte, la transition agroécologique est perçue non seulement comme une réponse environnementale, mais aussi comme un impératif social et économique. Elle doit permettre d’améliorer les revenus des producteurs tout en garantissant une alimentation plus saine et plus résiliente face aux chocs climatiques et économiques.
Une approche scientifique et institutionnelle de la transition
Les partenaires techniques, notamment la FAO, inscrivent cette dynamique dans une logique scientifique et éprouvée. L’agroécologie est présentée comme un ensemble de pratiques permettant de réduire la dépendance aux intrants chimiques tout en renforçant la résilience des systèmes agricoles.
Selon le bureau de la FAO au Togo, la transition agroécologique en est encore à ses débuts, ce qui rend nécessaire l’intensification des cadres d’échanges, de sensibilisation et d’accompagnement pour accélérer son adoption à grande échelle.
Une volonté politique orientée vers le passage à l’échelle
Les autorités publiques affichent une volonté claire d’accompagner cette transformation. L’objectif est désormais de passer d’une logique expérimentale à une mise à l’échelle effective des pratiques agroécologiques et biologiques.
Pour le ministère de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources Animales et de la Souveraineté Alimentaire, il s’agit de faire de ces approches des piliers de la souveraineté alimentaire, avec un accent particulier sur l’inclusion des jeunes et des femmes dans les chaînes de valeur agricoles.
Vers une feuille de route pour structurer l’action
Au terme des échanges, un consensus se dégage : la transition agroécologique ne souffre pas d’un manque de vision, mais d’un déficit de coordination et de structuration.
C’est dans cette logique qu’une feuille de route nationale est attendue le 9 avril 2026. Elle devra définir les priorités opérationnelles de la transition, notamment en matière de gouvernance, de financement durable et d’organisation des marchés.
Alors que les travaux s’achèvent le 10 avril 2026, les acteurs s’accordent sur une évidence : l’agroécologie ne pourra changer d’échelle qu’à condition de devenir un projet pleinement collectif, porté conjointement par les producteurs, les institutions publiques et les partenaires techniques et financiers. La phase des intentions laisse désormais place à l’exigence de résultats concrets et mesurables.
La Rédaction

