Malgré les lourdes charges de corruption qui pèsent contre lui au Ghana, l’ancien ministre des Finances Ken Ofori-Atta a obtenu le statut de résident permanent aux États-Unis. Un arbitrage migratoire américain qui complique la stratégie judiciaire des autorités ghanéennes.
WASHINGTON — C’est un nouvel épisode dans le feuilleton politico-judiciaire transnational qui secoue les relations entre Accra et Washington. L’ancien tout-puissant ministre ghanéen des Finances, Ken Ofori-Atta, s’est vu octroyer la résidence permanente aux États-Unis. Cette décision de la justice migratoire américaine clôt des mois de turbulences administratives outre-Atlantique, mais résonne comme un camouflet pour le parquet d’Accra, qui poursuit activement l’ex-ministre pour des faits présumés de corruption financière et de détournement de fonds publics.
À 66 ans, celui qui fut l’architecte de l’économie ghanéenne s’était installé aux États-Unis en janvier 2025 pour des raisons médicales graves, liées au traitement d’un cancer de la prostate. Un exil sanitaire qui s’est progressivement mué en une complexe bataille de statuts juridiques.
Le droit migratoire américain hermétique aux griefs d’Accra
D’après le conseil de l’ancien ministre, le feu vert pour l’obtention de la Green Card a été délivré par un tribunal américain spécialisé en droit de l’immigration. Cette décision annule les effets d’une brève interpellation administrative subie par Ken Ofori-Atta quelques mois plus tôt pour dépassement de visa, une procédure que sa défense a toujours dissociée des accusations portées contre lui au Ghana.
L’arbitrage de la justice américaine :
Les magistrats d’outre-Atlantique ont estimé que les éléments de preuve transmis par la justice ghanéenne ne constituaient pas un motif d’inéligibilité au regard des critères rigoureux de l’immigration américaine. Une interprétation technique qui consacre, de facto, la protection territoriale de l’ancien ministre sur le sol américain.
Cathédrale nationale et contrats pétroliers : la liste des griefs s’allonge au Ghana
À Accra, le Bureau du Procureur spécial (OSP) maintient une pression maximale. L’ex-argentier est au cœur de plusieurs dossiers hautement inflammables qui alimentent la chronique de la lutte anti-corruption menée par le nouvel exécutif.
Le scandale de la Cathédrale nationale concerne des soupçons d’injection massive de fonds publics dans un projet initialement présenté comme financé par des capitaux privés.
L’affaire de l’Autorité fiscale (GRA) porte sur le rôle présumé de Ken Ofori-Atta dans l’attribution jugée opaque d’un contrat d’assistance technique à une firme privée du secteur pétrolier, dans des conditions dénoncées par les organes de contrôle.
Vers un bras de fer diplomatique autour de l’extradition ?
L’obtention de ce statut protecteur aux États-Unis est loin de désarmer le parquet ghanéen. Les autorités judiciaires ont rappelé que la carte verte n’équivaut en rien à une immunité pénale internationale.
Ken Ofori-Atta conservant sa nationalité ghanéenne, Accra étudie la possibilité d’enclencher une procédure officielle d’extradition. Toutefois, l’obtention d’un statut de résident permanent aux États-Unis durcit généralement les conditions juridiques et diplomatiques requises pour toute remise d’un justiciable à un État tiers.
CHRONOLOGIE D’UNE AMBIVALENCE POLITIQUE
2017 – 2024 : Pilote de l’économie ghanéenne, marqué par la crise du Covid-19 et les négociations de sauvetage avec le FMI.
Fin 2024 : Quitte le ministère mais reste conseiller de Nana Akufo-Addo.
Janvier 2025 : Départ pour soins médicaux aux États-Unis ; ouverture des enquêtes.
Juin 2026 : Obtention de la résidence permanente américaine.
Cette affaire met en lumière les frictions croissantes entre la souveraineté pénale des États africains engagés dans des opérations de lutte contre la corruption et l’autonomie des mécanismes migratoires occidentaux, souvent perçus au Sud comme des zones de refuge pour certaines élites politiques en disgrâce.
La Rédaction

