Le Grand barrage de la Renaissance (GERD), inauguré en septembre 2025, cristallise toujours les tensions entre l’Éthiopie et l’Égypte. Symbole d’ambition énergétique pour Addis-Abeba, il demeure perçu par Le Caire comme une menace existentielle pour sa sécurité hydrique.Un projet colossal au cœur du NilÉvalué à 4,2 milliards de dollars, le GERD est le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique. Avec une capacité de retenue de 74 milliards de m³ et une production potentielle de 5 150 mégawatts, il promet de transformer le paysage énergétique de l’Éthiopie et d’ouvrir des perspectives pour toute la région. Lors de son inauguration, plusieurs dirigeants africains étaient présents, à l’exception notable de l’Égypte et du Soudan, qui refusent toujours de reconnaître le projet.À lire aussi : Inauguration du Grand Barrage de la Renaissance : Fierté nationale et tensions régionalesLes inquiétudes de l’Égypte et du SoudanLe Nil demeure la principale source de vie pour l’Égypte et le Soudan, qui redoutent une réduction des flux vitaux pour l’agriculture, l’eau potable et l’industrie. Le Caire, dénonçant une approche « unilatérale et déstabilisatrice », a annoncé son intention de saisir la Cour internationale de justice. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a accusé Addis-Abeba d’imposer un fait accompli, en référence au remplissage du barrage mené sans accord tripartite.La riposte éthiopienneDe son côté, l’Éthiopie rejette les accusations d’atteinte à la sécurité hydrique des pays voisins. Son représentant aux Nations Unies, Yoseph Kassaye, a rappelé que son pays agit selon le principe d’utilisation équitable et raisonnable des ressources transfrontalières. Pour Addis-Abeba, le barrage est vital : il doit fournir électricité, eau potable et sécurité alimentaire à des millions de citoyens encore privés de services de base.L’Éthiopie accuse l’Égypte de s’accrocher à des « droits historiques » hérités de traités coloniaux, qui avaient exclu la majorité des États riverains. Elle rappelle également que le Caire avait construit le Haut barrage d’Assouan sans concertation, provoquant déplacements massifs et pertes patrimoniales.À lire aussi : GERD : Égypte et Soudan refusent l’implication d’autres pays du NilUn dialogue au point mortDepuis 2011, les négociations entre Addis-Abeba, Le Caire et Khartoum se succèdent sans issue concrète. Chaque camp campe sur ses positions : l’Égypte exige des garanties strictes sur son approvisionnement en eau, tandis que l’Éthiopie refuse toute limitation jugée contraire à sa souveraineté. Addis-Abeba accuse même Le Caire d’attiser l’instabilité régionale par des alliances militaires et des pressions diplomatiques.Un différend aux répercussions régionalesAu-delà de la question hydraulique, le GERD illustre la rivalité stratégique entre l’Éthiopie et l’Égypte pour le leadership en Afrique de l’Est et dans le bassin du Nil. Le différend pourrait redessiner les équilibres politiques de la région, entre coopération et confrontation. La communauté internationale reste divisée, incapable jusqu’ici de rapprocher les positions.Tandis qu’Addis-Abeba voit dans le barrage une promesse de développement et d’intégration régionale, Le Caire y perçoit une menace existentielle. À ce jour, le Grand barrage de la Renaissance reste donc plus un facteur de discorde qu’un instrument de rapprochement.
La Rédaction

