Le feuilleton autour de la direction des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) prend une tournure inédite à Washington. Susan Monarez, confirmée par le Sénat américain à la fin juillet, conteste son éviction annoncée jeudi par le ministère de la Santé, dirigé par Robert Kennedy Jr., figure controversée du mouvement antivaccins.Une bataille institutionnelle ouverte Selon ses avocats, Me Mark Zaid et Me Abbe Lowell, Mme Monarez « n’a ni démissionné ni reçu de notification officielle de la Maison-Blanche ». Ils dénoncent une tentative d’écartement après son refus de valider des directives jugées « non scientifiques et dangereuses » et de licencier des experts de l’agence.« En tant que personne intègre et dévouée à la science, elle ne démissionnera pas », affirment-ils, mettant en cause le ministre de la Santé, accusé « d’instrumentaliser la santé publique à des fins politiques ».Un départ annoncé… puis contestéQuelques heures plus tôt, le ministère avait pourtant publié sur X (ex-Twitter) un court message annonçant que Mme Monarez « n’était plus directrice des CDC », remerciant la scientifique pour « son service dévoué envers le peuple américain ». L’annonce a semé la confusion, alimentée par des révélations du Washington Post.Réactions en chaîne et démissionsLa crise dépasse désormais le cas individuel. Demetre Daskalakis, haut responsable des CDC, a annoncé sa démission sur les réseaux sociaux en dénonçant « les pressions pour générer des documents ne reflétant pas la réalité scientifique ». D’autres cadres de l’agence auraient déjà suivi le même chemin.Une refonte sanitaire controverséeDepuis son arrivée au ministère de la Santé, Robert Kennedy Jr. mène une restructuration radicale : licenciement d’experts de renom, restriction de l’accès aux vaccins contre la COVID-19, coupes budgétaires dans la recherche. Des mesures largement critiquées par la communauté scientifique américaine et internationale, qui y voit un recul majeur en matière de santé publique.Une nomination déjà sous tensionLa désignation de Susan Monarez était déjà le fruit d’un compromis politique : le premier choix de la Maison-Blanche, l’ancien élu David Weldon, connu pour ses positions vaccinosceptiques, avait été écarté faute de soutien suffisant au Congrès.Un climat délétère aux CDCCette crise intervient dans un contexte tendu : début août, l’agence avait été visée par une attaque armée d’un opposant au vaccin anti-Covid. Dans la foulée, plusieurs centaines d’employés et anciens salariés des agences sanitaires avaient signé une lettre ouverte dénonçant RFK Jr. et l’accusant de mettre en danger la santé publique par ses prises de position.La bataille autour de la direction des CDC illustre ainsi le bras de fer entre science et politique qui fragilise la gestion de la santé publique américaine.
La Rédaction

