Le silence de la junte contraste avec l’activisme diplomatique africain
Cinq jours après leur envol vers l’Angola, le départ discret d’Ali Bongo Ondimba, de son épouse Sylvia et de leur fils Noureddin continue d’alimenter spéculations et tractations en coulisses. Le 18 mai au soir, un jet privé dépêché par le président angolais João Lourenço a quitté Libreville avec à son bord l’ancienne famille présidentielle, mettant fin à près de deux ans d’isolement post-coup d’État. Depuis, aucune image, aucune déclaration officielle. Un exil silencieux, mais chargé de sens.
Officiellement, les autorités gabonaises parlent encore d’un « départ temporaire pour raison médicale », mais les observateurs n’y croient plus. Ce qui se dessine depuis ce samedi soir, c’est un arrangement diplomatique négocié loin des caméras. Une sortie sans effraction, mais aussi sans retour.
L’Union africaine aux commandes
Selon plusieurs sources diplomatiques concordantes, l’Union africaine a joué un rôle décisif dans cette évacuation. Plusieurs chefs d’État, notamment en Afrique centrale, ont œuvré à trouver une porte de sortie honorable pour Ali Bongo, tout en ménageant la transition militaire à Libreville. João Lourenço, président de l’Angola, a offert l’asile et affrété l’appareil privé ayant exfiltré la famille présidentielle.
En agissant ainsi, l’UA évite à l’un de ses anciens membres les plus emblématiques une humiliation publique, et permet à la junte de tourner la page sans procès. Une stratégie du moindre mal, qui traduit aussi l’embarras d’une institution souvent critiquée pour sa mollesse face aux coups d’État.
Un exil sans statut clair
Depuis le 18 mai, aucune communication n’a filtré de Luanda. On ignore dans quelles conditions la famille Bongo est accueillie, et sous quel statut. À Libreville, le silence est tout aussi pesant. Le président de la transition, le général Brice Oligui Nguema, semble avoir choisi de laisser le dossier s’éteindre doucement, sans s’aliéner ni les anciens réseaux du régime, ni les partenaires étrangers.
Mais cette gestion floue soulève des questions : quid des accusations de corruption ? Que deviennent les enquêtes ouvertes contre Noureddin Bongo et ses proches ? Et surtout, cette évacuation annonce-t-elle une forme d’amnistie de fait ?
Le Gabon face à ses responsabilités
À moyen terme, cette exfiltration pourrait soulager certains cercles du pouvoir gabonais, mais elle complique le chantier de la justice transitionnelle. Si la priorité reste la stabilité, elle ne peut se faire au prix de l’oubli. Le départ des Bongo ferme peut-être un cycle politique, mais n’efface pas cinquante ans de pouvoir autoritaire.
Alors que le pays se prépare à une nouvelle Constitution et à des élections promises pour 2026, la question de la reddition des comptes demeure centrale. L’exil doré d’une famille déchue ne saurait devenir la norme pour les responsables de régimes discrédités.
La Rédaction

