La ville de Dhahar, au nord-est de la Somalie, a été le théâtre de violents affrontements entre milices pro-gouvernementales et forces du Puntland, ravivant les tensions anciennes entre l’État autonome et le pouvoir central de Mogadiscio.
Au cœur du désert somalien, une lutte sourde vient une nouvelle fois d’éclater. Mardi, des combats armés ont opposé des milices locales soutenant Mogadiscio et des éléments militaires fidèles au Puntland, dans la ville stratégique de Dhahar, à quelque 260 kilomètres de Garowe, capitale du Puntland. Le bilan est lourd : au moins huit morts et deux douzaines de blessés, selon plusieurs témoins sur place.
La réaction du ministère de l’Intérieur fédéral ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué laconique, il évoque un « incident malheureux » et appelle à la retenue, sans préciser les responsabilités. Mais à Garowe, les accusations sont claires : « L’attaque a été planifiée depuis Mogadiscio », a affirmé le chef de la police du Puntland, Jama Mohamud Gabere.
Une vieille fracture rouverte
Le Puntland, bien que faisant partie intégrante de la Somalie, a proclamé son autonomie dès 1998, refusant cependant l’indépendance totale comme le Somaliland voisin. Cette autonomie relative s’est toujours accompagnée d’une méfiance profonde à l’égard de la capitale fédérale. Les rivalités se sont accentuées ces dernières années autour du contrôle des ressources naturelles, notamment pétrolières, dont regorge cette région aride mais stratégique.
Mercredi matin, la situation restait tendue à Dhahar malgré l’arrêt des combats. Des habitants ont décrit à l’AFP une ville traumatisée : « J’ai vu au moins cinq cadavres », confie Abdikarin Jama. Un autre témoin évoque « des dizaines de blessés » pris en charge dans l’urgence, sans structures médicales adéquates.
Conflits locaux sur fond d’instabilité nationale
Alors que la Somalie est toujours confrontée à une insécurité chronique — aggravée par les attaques incessantes des islamistes shebab liés à Al-Qaïda — les tensions interclaniques et interrégionales fragilisent un peu plus l’unité nationale. Ces affrontements à Dhahar illustrent la complexité de la crise somalienne, où se mêlent aspirations autonomistes, compétition pour les ressources, insécurité permanente et absence d’autorité centrale solide.
Les appels à l’apaisement lancés par le gouvernement ne suffiront pas à eux seuls à éteindre les braises du conflit. Seule une médiation crédible et inclusive entre Garowe et Mogadiscio, appuyée par les anciens et chefs religieux, pourrait offrir une voie de sortie à cette spirale de violence.
La Rédaction

