N’Djamena enterre un siècle de présence militaire française et se tourne vers de nouveaux partenaires comme la Chine, la Russie, la Turquie et les Émirats arabes unis. Une nouvelle ère s’ouvre, entre quête de souveraineté et réalignement stratégique.
Un départ en grande pompe
Le 31 janvier dernier, la base aérienne Adji-Kosseï, au cœur de N’Djamena, a été officiellement rétrocédée aux autorités tchadiennes. Ce site, qui abritait jusqu’à un millier de militaires français et des Mirage 2000D, était l’un des plus importants bastions français en Afrique. Désormais, il passe sous contrôle exclusif du Tchad.
La cérémonie, orchestrée avec un sens aigu du symbole, a mis en scène un président Mahamat Idriss Déby habillé d’un boubou blanc, passant en revue les troupes au son de la fanfare. Une rupture assumée avec Paris, et un moment clé dans le récit national que N’Djamena entend écrire : celui d’un Tchad débarrassé de l’ombre tutélaire française.
Ce retrait, qui suit ceux du Mali, du Burkina Faso et du Niger, marque la fin d’une ère. Mais au-delà du symbole, la question centrale demeure : vers qui le Tchad se tourne-t-il désormais ?
Un virage assumé vers de nouveaux partenaires
Si la France, sous la présidence d’Emmanuel Macron, peine à conserver son influence en Afrique, d’autres puissances sont prêtes à remplir le vide. Le Tchad multiplie déjà les contacts pour redéfinir ses alliances.
La Chine est un partenaire économique de premier plan, notamment dans les infrastructures et l’exploitation des ressources naturelles. Pékin, qui prône une approche pragmatique, pourrait renforcer sa présence avec de nouveaux investissements.
La Russie, déjà très active au Sahel via le groupe paramilitaire Wagner, propose une coopération militaire en alternative à la France.
La Turquie, qui a développé une influence croissante en Afrique, mise sur une coopération militaire et éducative avec le Tchad.
Les Émirats arabes unis, de plus en plus impliqués sur le continent, offrent des financements et un soutien logistique, notamment dans le domaine sécuritaire.
Cette diversification des alliances répond à un double objectif : réduire la dépendance historique à la France et élargir les marges de manœuvre du pays sur la scène internationale.
Une souveraineté retrouvée ou une nouvelle dépendance ?
La question reste de savoir si ce réalignement géopolitique renforcera réellement la souveraineté du Tchad. Certes, Mahamat Idriss Déby affirme vouloir s’émanciper d’une tutelle occidentale, mais cette autonomie reste fragile.
L’enjeu est double :
Éviter une dépendance excessive aux nouveaux partenaires. Si la France quitte la scène militaire, la Russie ou la Chine ne viennent pas sans conditions.
Gérer les équilibres internes. La stabilité du régime repose encore en partie sur l’appui extérieur. L’armée tchadienne, pilier du pouvoir, devra compenser le départ de l’appui français par de nouveaux soutiens.
Pour N’Djamena, l’avenir se jouera dans sa capacité à manœuvrer entre ces nouvelles puissances sans tomber sous une nouvelle forme d’influence. L’histoire du continent africain l’a prouvé : les alliances évoluent, mais la souveraineté réelle reste un combat permanent.
Un tournant pour l’Afrique ?
Le Tchad suit-il la même trajectoire que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ? Oui et non. Contrairement à ces pays, qui ont opté pour une rupture brutale avec la France, le Tchad a pris un chemin plus mesuré. Mahamat Idriss Déby n’a pas chassé l’ambassadeur de France, et les relations économiques entre les deux pays se poursuivent.
Mais l’onde de choc est réelle. Ce basculement vers de nouveaux partenaires traduit une dynamique plus large : l’effondrement progressif du monopole d’influence français en Afrique. La question est désormais de savoir si le Tchad parviendra à transformer cette réorientation en véritable succès stratégique, ou si cette rupture ne fera que remplacer une dépendance par une autre.
Le pari est risqué. Mais une chose est sûre : le Tchad ne regarde plus vers Paris. Son avenir se construit ailleurs.
La Rédaction

