Un rapport dévoile que quatre fortunes dominent un continent en crise : pendant que la majorité s’enfonce dans la faim, l’élite accumule des milliards.
Un choc de chiffres, un continent en déséquilibre. Selon un rapport publié ce 10 juillet 2025 par Oxfam, quatre milliardaires africains possèdent plus de richesses que 750 millions de personnes, soit la moitié de la population du continent. Une concentration de fortune jugée indécente face à l’explosion de la pauvreté et à l’effondrement des services sociaux.
Une fracture économique abyssale
Aliko Dangote, Johann Rupert, Nicky Oppenheimer et Nassef Sawiris : ces quatre hommes détiennent à eux seuls 57,4 milliards de dollars. Ce chiffre dépasse la totalité de ce que possèdent ensemble les 50 % les plus pauvres du continent africain. Depuis 2000, le nombre de milliardaires africains est passé de zéro à 23, et leur patrimoine cumulé atteint 112,6 milliards de dollars, en hausse de 56 % en cinq ans.
Pendant ce temps, la faim progresse
L’Afrique ne manque pas d’argent — mais il est mal réparti. Près de 850 millions de personnes vivent dans une insécurité alimentaire modérée ou sévère, un bond inquiétant de 20 millions depuis 2022. Sur le plan mondial, sept des dix personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont africaines, alerte Oxfam.
Un système fiscal biaisé en faveur des plus riches
Le cœur du problème, selon le rapport, se trouve dans la faiblesse des impôts sur la fortune. Les États africains prélèvent en moyenne 0,3 % de leur PIB en impôts sur la richesse, un record de faiblesse à l’échelle mondiale. À l’inverse, ils privilégient les taxes indirectes comme la TVA, qui pèsent davantage sur les pauvres.
Pire encore, les pays liés au FMI ou à la Banque mondiale réduisent leurs dépenses en santé, éducation ou protection sociale, pour honorer leurs créances. Résultat : les services publics sont asphyxiés, tandis que les ultra-riches prospèrent dans un vide fiscal.
Des solutions existent, mais restent ignorées
Selon Oxfam, il suffirait d’augmenter de 1 % les impôts sur la fortune et de 10 % ceux du 1 % le plus riche pour générer 66 milliards de dollars par an, soit 2,3 % du PIB africain. Ce montant pourrait financer l’accès universel à l’électricité ou une éducation gratuite de qualité.
Certains pays montrent pourtant que c’est possible : le Maroc et l’Afrique du Sud prélèvent déjà plus de 1 % de leur PIB via l’impôt foncier. Les Seychelles, elles, ont réduit les inégalités de manière spectaculaire, tout en garantissant soins de santé universels, éducation gratuite et protection sociale solide.
Un système truqué, selon Oxfam
« La richesse de l’Afrique n’est pas perdue, elle est siphonnée », dénonce Fati N’Zi-Hassane, directrice régionale d’Oxfam. « Le système actuel favorise une élite minuscule tout en privant des centaines de millions de personnes des besoins les plus élémentaires. C’est une injustice construite, et donc réversible. »
Le choix est politique
Le rapport d’Oxfam est sans appel : sans une refonte fiscale radicale, l’Afrique court à la reproduction des inégalités, de la misère et de l’instabilité pour les décennies à venir. Redistribuer la richesse n’est pas une utopie : c’est une urgence politique, sociale et économique.
La Rédaction

