Une enquête révèle un fléau pharmaceutique qui met en péril la lutte contre le cancer
Une étude récemment publiée dans The Lancet Global Health révèle qu’en Afrique, près de 20 % des médicaments anticancer en circulation dans plusieurs pays sont de qualité inférieure ou falsifiés. Cette enquête menée par un groupe de chercheurs américains et africains alerte sur une crise sanitaire invisible mais redoutable : des milliers de patients atteints de cancer reçoivent des traitements inefficaces, voire dangereux.
Les recherches ont été menées dans 12 hôpitaux et 25 pharmacies répartis en Éthiopie, au Kenya, au Malawi et au Cameroun. Sur près de 200 produits analysés, un sur six présentait un niveau incorrect d’ingrédients actifs, certains ne contenant même pas les composants essentiels pour freiner la progression de la maladie.
Quand le traitement devient poison
Les conséquences sont dramatiques. Un médicament sous-dosé ou contrefait peut laisser les tumeurs se développer, voire favoriser leur dissémination. Cette découverte marque la première grande alerte sur la présence à grande échelle de médicaments anticancer falsifiés en Afrique, alors que ce continent connaît déjà des problèmes similaires avec les traitements antipaludiques, antibiotiques et antituberculeux.
Le pharmacien allemand Lutz Heide, spécialiste des médicaments falsifiés, salue la portée de cette étude : « C’est la première analyse systématique de ce type dans le domaine du cancer. Elle met en lumière un problème jusqu’ici ignoré. »
Contrefaçon, mauvaise conservation, régulation déficiente
Les causes sont multiples : erreurs de fabrication, mauvaise conservation, stockage inadapté ou falsification volontaire. Souvent, les médicaments sont examinés uniquement à l’œil nu – un contrôle insuffisant. Seuls 25 % des produits défectueux ont été détectés par inspection visuelle. Les autres nécessitaient une analyse en laboratoire.
Pour Marya Lieberman, chercheuse à l’université de Notre Dame aux États-Unis et coautrice de l’étude, l’absence de moyens de dépistage constitue un obstacle majeur. Les médicaments anticancer étant très toxiques, ils nécessitent des laboratoires spécialisés, encore rares dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne.
L’OMS appelle à renforcer les systèmes de contrôle
Face à ces révélations, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé travailler en collaboration avec les autorités sanitaires des quatre pays concernés. Elle appelle les États à renforcer leurs cadres réglementaires pour mieux prévenir et éliminer les médicaments de qualité inférieure.
L’économiste de la santé Sachiko Ozawa, qui a également contribué à l’enquête, insiste : « Il y a un coût humain et économique. Des ressources sont gaspillées pour des traitements inefficaces, et cela retarde les chances de guérison. »
Des solutions émergent, mais restent limitées
Pour contrer ce phénomène, de nouvelles technologies de dépistage rapide sont en développement, comme le “laboratoire sur papier” imaginé par Lieberman : un outil simple, transportable, capable de vérifier la qualité d’un médicament avant son administration. Mais ces innovations nécessitent encore des formations, des moyens financiers et un soutien politique pour être déployées efficacement.
Heureusement, l’étude note que deux tiers des produits testés étaient conformes, preuve que des chaînes d’approvisionnement fiables existent. Le défi reste donc de détecter et d’éliminer les fournisseurs douteux.
Ce rapport met en lumière une urgence sanitaire ignorée : l’Afrique ne souffre pas seulement d’un accès limité aux traitements anticancer, mais également d’une circulation massive de médicaments de mauvaise qualité. Sans des politiques de régulation plus strictes et des investissements dans le contrôle pharmaceutique, des milliers de vies continueront d’être mises en danger.
La Rédaction

