La campagne de karité vient de commencer, mais déjà, la filière s’en trouve profondément chamboulée. Quatre pays d’Afrique de l’Ouest — le Mali, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Togo — ont suspendu les exportations d’amandes brutes, une mesure sans précédent dans l’histoire de ce secteur. Le Ghana, pour sa part, a renforcé son contrôle en imposant une autorisation supplémentaire à l’exportation.
Le karité, dont les fruits sont récoltés puis transformés en amandes avant de devenir beurre ou dérivés, est un produit stratégique à la fois pour l’industrie agroalimentaire et cosmétique. Mais avec ces fermetures soudaines, la chaîne d’approvisionnement est contrainte de se réorganiser. Déjà l’an passé, l’interdiction décidée par le Mali et le Burkina Faso — les deux principaux exportateurs de la région — avait fait exploser les prix. Au Bénin, par exemple, le kilo d’amande s’était vendu jusqu’à 800 FCFA, trois fois plus cher qu’en temps normal.
Une demande mondiale dopée par la crise du cacao
Cette année, les tensions s’annoncent encore plus fortes. En cause : la demande mondiale de beurre de karité, en nette hausse. Le produit est de plus en plus utilisé comme substitut au beurre de cacao, devenu hors de prix après une flambée historique. Les prix du beurre de karité suivent donc la même trajectoire ascendante, dopés aussi par des stocks d’amandes historiquement faibles, selon les dernières analyses du bulletin agricole N’Kalo.
Dans ce contexte, les collectrices de karité — principalement des femmes — pourraient tirer un certain avantage, surtout dans les pays qui n’ont pas restreint leurs exportations. Ces dernières sont les mieux placées pour profiter d’un effet d’aubaine : la concurrence entre acheteurs risque d’être féroce, ce qui devrait tirer les prix vers le haut.
Une stratégie encore incertaine
Mais les effets économiques de ces mesures protectionnistes restent difficiles à évaluer. Si les pays fermés à l’exportation espéraient dynamiser leur production locale de beurre de karité, rien ne prouve pour l’instant qu’ils aient réussi à accroître leurs capacités de transformation. Produire plus suppose des investissements, des infrastructures, et surtout une trésorerie que nombre d’acteurs locaux n’ont pas.
Une chose est sûre : la décision de ces quatre États va accentuer les disparités régionales et provoquer une recomposition du marché ouest-africain. Dans un secteur historiquement dominé par des flux transfrontaliers informels, cette nouvelle donne marque peut-être le début d’une ère de régulation plus rigide — mais à quel prix ?
La Rédaction

