Sous un soleil impitoyable, l’Égypte avance à pas pressés vers un avenir de pénurie. La terre s’épuise, l’eau s’évapore, et la population augmente. Dans ce pays où le Nil dicte encore la vie, une question obsédante s’impose : comment nourrir 113 millions d’habitants lorsque les ressources s’amenuisent plus vite qu’elles ne se renouvellent ?
Un géant démographique en crise de croissance
L’Égypte est aujourd’hui le pays le plus peuplé du monde arabe. En cinquante ans, sa population a triplé, passant de 38,5 millions d’habitants en 1975 à plus de 113 millions aujourd’hui. Et le cap des 160 millions est prévu dès 2050. Cette croissance fulgurante, portée par une natalité longtemps hors de contrôle, étouffe un territoire dont seulement 4 % est cultivable.
Le président Abdel Fattah al-Sissi ne cesse d’alerter : la surpopulation est un danger stratégique au même titre que le terrorisme. Et pour cause : chaque nouvelle naissance pèse un peu plus sur le système, fragilisant des équilibres déjà précaires.
Le Nil à bout de souffle
Le Nil, unique source d’eau douce du pays, ne parvient plus à suivre. Surexploité, il alimente une agriculture menacée de disparition. Dans certaines zones, des cultures comme le riz sont désormais interdites car trop gourmandes en eau. La vallée du Nil, berceau historique de l’agriculture égyptienne, voit son rôle s’effacer, cédant parfois la place à l’expansion urbaine et au béton.
Un désert convoité mais non renouvelable
Pour contourner l’impasse, l’État mise sur une stratégie risquée : forer le désert. Depuis les années 1960, des projets gigantesques cherchent à faire jaillir l’eau fossile du Sahara. Ces nappes profondes permettent d’irriguer de nouveaux champs, comme ceux où travaille Mohamed, « soldat du désert », fier d’accomplir sa mission. Mais ces eaux, non renouvelables, sont extraites au prix d’un pari dangereux sur l’avenir.
Faire moins d’enfants, mais pas assez vite
Autre levier d’action : la régulation des naissances. Des campagnes de sensibilisation ciblent les foyers les plus prolifiques. Et les premiers résultats sont là : en une décennie, le taux de natalité est passé de 3,5 à 2,5 enfants par femme. Mais cette baisse, bien que significative, risque d’arriver trop tard face à l’urgence des défis écologiques, agricoles et économiques.
L’Égypte semble prise au piège d’un paradoxe ancien : elle a su dompter le désert mais pas sa propre croissance. Ses réserves s’amenuisent, ses marges de manœuvre aussi. Reste une équation cruelle, mais simple : sans contrôle démographique fort et sans transition écologique rapide, le pays court vers un point de rupture. Et cette fois, même le Nil ne suffira plus à porter la promesse de la vie.
La Rédaction

