À deux ans de la présidentielle, une alliance inédite entre Peter Obi, Atiku Abubakar et d’anciens barons du pouvoir veut briser l’hégémonie du président Bola Tinubu.
La scène politique nigériane entre dans une phase de recomposition majeure. Ce mercredi, à Abuja, les principales figures de l’opposition ont annoncé la création d’une nouvelle coalition : l’Africa Democratic Congress (ADC). Cette alliance a pour ambition explicite de battre le All Progressives Congress (APC) du président Bola Ahmed Tinubu lors des élections de 2027.
Parmi les têtes d’affiche : Atiku Abubakar (candidat malheureux du PDP en 2023) et Peter Obi, leader du Labour Party et figure montante chez les jeunes électeurs. L’union regroupe également des anciens gouverneurs, des ex-législateurs fédéraux et d’anciens poids lourds du parti au pouvoir.
“La coalition empêchera le Nigeria de devenir un État à parti unique”, a déclaré David Mark, ex-président du Sénat et président intérimaire de l’alliance, en lançant un avertissement clair au régime actuel.
Un avertissement contre la dérive autoritaire
Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Bola Tinubu est accusé d’instrumentaliser l’appareil d’État pour faire basculer les opposants dans son camp, affaiblissant ainsi le pluralisme politique. Si le président rejette ces accusations, les défections en cascade dans les rangs de l’opposition alimentent les soupçons d’une stratégie de neutralisation politique progressive.
Les observateurs craignent un rétrécissement de l’espace démocratique, dans une région déjà fragilisée par les dérives autoritaires et les coups d’État.
Les promesses non tenues du pouvoir
La nouvelle coalition surfe également sur un mécontentement croissant. Le gouvernement Tinubu peine à contenir une inflation galopante, consécutive à la suppression brutale des subventions sur le carburant et à la libéralisation du naira. En parallèle, l’insécurité s’aggrave, marquée par une résurgence d’attaques armées dans plusieurs États.
Le parallèle avec 2015, année de la chute du PDP après 16 ans de règne, est désormais revendiqué. À l’époque, une coalition semblable avait permis l’élection de Muhammadu Buhari. Aujourd’hui, l’objectif est de répéter ce scénario, mais contre l’APC.
“Vous ne pouvez pas renverser un gouvernement en place si l’opposition est désunie”, souligne Cheta Nwanze, analyste chez SBM Intelligence. “Un bloc uni est la seule voie réaliste pour changer le pouvoir.”
2027 : l’échéance déjà en ligne de mire
Même à deux ans de l’échéance, les lignes bougent vite. Le lancement de cette coalition marque le début d’une lutte politique intense qui pourrait redéfinir l’équilibre démocratique au Nigeria. Reste à voir si l’alliance tiendra sur la durée et résistera aux tiraillements internes qui ont souvent miné les tentatives précédentes d’unité dans l’opposition nigériane.
La Rédaction

