L’avenir de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), pierre angulaire des relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique depuis 2000, demeure incertain. À quelques mois de son échéance en septembre 2025, l’administration Trump, fidèle à sa ligne protectionniste, exige des contreparties plus équilibrées.
La fin d’une ère sans réciprocité ?
« Si l’AGOA est renouvelé, je m’attends à ce qu’il reflète probablement les enjeux du monde moderne », a déclaré Troy Fitrell, haut responsable du bureau des affaires africaines au Département d’État, lors d’une conférence en ligne avec des journalistes du continent. En d’autres termes : les exonérations douanières unilatérales ne suffisent plus. La Maison Blanche réclame désormais une relation fondée sur des échanges « réciproques » et « mutuellement bénéfiques ».
Mis en place sous la présidence de Bill Clinton, l’AGOA a permis à une trentaine de pays africains d’exporter une grande variété de produits vers le marché américain sans droits de douane. Ce dispositif a notamment stimulé les secteurs du textile, de l’agriculture, de l’automobile et de l’énergie. En 2023, ces exportations ont représenté 9,26 milliards de dollars, dont près de la moitié dans le secteur pétrolier et énergétique.
Mais la logique a changé. L’administration Trump, dans la droite ligne de son slogan « Du commerce, pas de l’aide », veut transformer l’AGOA en un cadre de libre-échange plus exigeant. Plusieurs pays africains ont déjà exprimé leur intérêt pour des accords bilatéraux. Washington se dit ouvert, à condition que ces négociations se fassent à armes égales.
Une stratégie américaine recentrée sur l’investissement privé
L’Afrique n’est plus perçue comme un espace d’assistance, mais comme un partenaire économique potentiel. La diplomatie américaine l’assure : c’est désormais au continent de convaincre le Congrès. « Quand on me demande ce que j’ai fait pour le renouvellement de l’AGOA, je réponds : “Et vous, qu’avez-vous fait ?” », a lancé Troy Fitrell, déplaçant la responsabilité du renouvellement sur les capitales africaines.
Ce repositionnement s’accompagne d’une réduction significative de l’aide publique au développement. L’administration Trump a ainsi proposé des coupes dans les budgets de la Millennium Challenge Corporation (MCC), une agence qui finance des projets d’infrastructure et d’énergie en Afrique de l’Ouest. Un paradoxe : la baisse de l’aide pourrait affaiblir les conditions même de l’investissement privé que Washington cherche à promouvoir.
Une refondation à hauts risques
Le sort de l’AGOA soulève de nombreuses questions. La réciprocité exigée par Washington pourrait exclure certains pays incapables de répondre aux nouvelles exigences commerciales. De plus, les conditions d’éligibilité initiales — respect des droits humains, pluralisme politique, lutte contre la corruption — restent officiellement en vigueur, ce qui complique encore la négociation.
En repensant les bases de leur partenariat économique, les États-Unis et l’Afrique jouent une partie serrée. Pour les pays africains, l’enjeu est de conserver l’accès au premier marché mondial, tout en défendant leurs intérêts industriels émergents. Pour Washington, il s’agit d’imposer une nouvelle norme dans ses relations Sud-Nord, plus contractuelle, moins asymétrique.
Si aucun accord n’est trouvé d’ici septembre 2025, le continent pourrait perdre un levier majeur de développement commercial. L’heure est donc à la mobilisation des diplomaties africaines.
La Rédaction

