Si la justice béninoise devait afficher ses tarifs, le slogan serait simple : “Deux jours de procès, vingt ans de prison.” Une rapidité qui frôle l’automatisme et qui suscite de plus en plus de doutes quant à l’indépendance des tribunaux face au pouvoir de Patrice Talon.
Le cas d’Olivier Boko, condamné fin janvier à 20 ans de réclusion pour complot contre l’État après seulement deux jours de procès, est loin d’être isolé. En 2021, l’opposante Réckya Madougou avait écopé de la même peine et dans les mêmes délais, à l’issue d’une audience marathon menée par la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET).
Une justice calibrée pour éliminer les opposants
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la sévérité des peines, mais surtout la cadence fulgurante des jugements. En appliquant un simple calcul, chaque jour de procès équivaut à 10 ans de prison ferme. Une justice efficace ? Plutôt une machine réglée pour frapper vite et fort lorsqu’il s’agit de figures politiques qui dérangent.
Pendant que ces affaires de “complot” ou de “financement du terrorisme” sont jugées en 48 heures chrono, d’autres dossiers, impliquant des détournements de milliards de FCFA, traînent pendant des années. Un dossier de corruption à la Direction générale des impôts, portant sur 4 milliards de FCFA, attend son dénouement depuis cinq ans, sans le moindre empressement des tribunaux.
L’opposition, en particulier le parti Les Démocrates, pointe du doigt un “zèle judiciaire” sélectif, dénonçant une institution qui agit désormais comme un simple levier du pouvoir exécutif.
Une justice au service du verrouillage électoral
Ce durcissement judiciaire s’inscrit dans un contexte où le pouvoir resserre également son emprise sur les élections. Après l’échec d’une réforme constitutionnelle en début d’année, la majorité parlementaire a modifié le Code électoral pour introduire un “accord de gouvernance” taillé sur mesure pour les partis alliés du président, l’Union Progressiste Le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR).
Cette réforme leur permet de contourner la règle des 20 % des voix exigés dans chaque circonscription pour accéder au Parlement, un critère qui aurait pu fragiliser leur position. Pour Les Démocrates, il s’agit ni plus ni moins d’un coup de force institutionnel destiné à verrouiller le jeu politique avant les prochaines élections générales.
Un climat politique sous tension
Patrice Talon, qui assurait vouloir terminer son second mandat dans la paix et la ferveur démocratique, semble plutôt resserrer son étau sur l’opposition. Entre les procès expéditifs aux verdicts déjà écrits, les manipulations législatives et l’instrumentalisation de la CRIET, le climat politique béninois se détériore à vue d’œil.
Les appels au dialogue se multiplient, mais la tendance est claire : au Bénin, la justice n’est plus un contre-pouvoir. Elle est devenue l’un des outils les plus redoutables du régime.
La Rédaction

