Dans les salons feutrés d’un hôtel parisien, une trentaine de délégations africaines ont présenté, du 12 au 14 mai 2025, plus de 150 projets énergétiques à un parterre d’investisseurs internationaux. Sur le papier, le potentiel est immense : pétrole offshore en Namibie, gaz naturel au Mozambique, blocs prometteurs au Nigeria. Mais dans les faits, les financements tardent à suivre.
Malgré les discours enthousiastes, le secteur africain des hydrocarbures peine à séduire. La conjoncture mondiale — chute des prix du baril, incertitude géopolitique, pression écologique — pousse les investisseurs à la prudence. Beaucoup préfèrent miser sur des marchés plus stables ou sur les énergies renouvelables. Résultat : une bonne partie des projets africains restent en suspens, faute d’engagements concrets.
Un secteur vital mais vulnérable
« Nous avons encore besoin des hydrocarbures pour le développement de l’Afrique », a martelé Verner Ayukegba, vice-président de la Chambre africaine de l’énergie. Pour lui, il ne s’agit pas d’un choix idéologique, mais d’un impératif économique. Le gaz, en particulier, pourrait jouer un rôle de catalyseur dans l’électrification du continent. Mais le paradoxe est cruel : au moment où la demande mondiale de gaz explose, notamment en Europe et en Asie, l’Afrique peine à capter les flux d’investissements nécessaires.
Namibie, Nigeria : espoirs contrariés
En Namibie, l’annonce d’un gisement offshore gigantesque par TotalEnergies avait fait naître de grandes espérances. Mais les délais de mise en production s’allongent, les obstacles techniques s’accumulent. Même scénario au Nigeria, où le projet flottant de gaz naturel liquéfié porté par UTM Offshore tarde à franchir le cap du financement. Le manque d’infrastructures, l’instabilité politique et les risques opérationnels freinent les ardeurs des bailleurs.
La transition énergétique bouscule les priorités
Dans un monde qui bascule vers les énergies propres, les projets fossiles doivent désormais justifier leur rentabilité sur le long terme et leur compatibilité avec les objectifs climatiques. Cette nouvelle donne affaiblit les positions africaines, souvent perçues comme risquées, malgré leur potentiel. Pourtant, pour nombre de gouvernements du continent, le pétrole et le gaz restent les piliers de leur développement industriel et budgétaire.
Un tournant décisif
Les mois à venir seront cruciaux. L’Afrique doit démontrer qu’elle peut offrir un environnement stable, transparent et rentable aux investisseurs. Cela passe par des réformes réglementaires, une meilleure gouvernance et une stratégie énergétique plus claire. À défaut, les grands projets resteront des promesses sans lendemain, et le continent risque de rater une étape essentielle de son essor économique.
La Rédaction

