Respect du calendrier de transition, anticipation de la date des élections, grands chantiers d’infrastructure et recrutement massif dans la fonction publique : le général Brice Clotaire Oligui Nguema semble vouloir marquer sa gouvernance par des décisions fortes. Deux ans après le coup d’État du 30 août 2023, une partie de l’opinion publique continue de voir en lui un libérateur. « Il nous a débarrassés d’une dictature », affirme Géraldine, commerçante à Bas de Gué-Gué. Contrairement à d’autres juntes sur le continent, celle du Gabon a non seulement fixé un calendrier électoral, mais a également avancé la date prévue pour le retour à un pouvoir civil.
Une transition politique sous contrôle
L’armée impose son rythme aux parlementaires pour accélérer les réformes. « Les lois sont votées à une vitesse inédite, les chambres disposent de dix jours pour amender et adopter les textes », critique Franck Djimbi, sénateur de la transition, qui estime que le changement reste superficiel.
D’autres voix dénoncent le maintien de certaines figures de l’ancien régime. « Les proches d’Ali Bongo qui ont profité du pouvoir devraient être jugés », s’indigne un opposant, pointant la présence continue de ministres influents comme Camélia Ntoutoume, en poste depuis 2020. Alors que la junte a choisi d’éviter une purge politique après son arrivée au pouvoir, certains estiment qu’un véritable processus judiciaire aurait permis de renforcer l’unité nationale.
Sur la scène internationale, la transition est scrutée de près, notamment en raison du traitement réservé à la famille Bongo. Le 9 janvier 2025, la justice française a ouvert une enquête pour torture contre Sylvia et Noureddin Bongo, détenus après le putsch.
Une économie sous tension
Sur le plan économique, le Gabon fait face à des défis majeurs. L’agence Fitch Ratings a abaissé la note du pays de CCC+ à CCC, traduisant une inquiétude croissante des investisseurs. La dette publique, qui représentait déjà plus de 70 % du PIB en 2023, pourrait atteindre 80 % d’ici 2026, selon la Banque mondiale.
Les échéances des euro-obligations prévues en 2025, l’accumulation des impayés – qui a déjà conduit la Banque mondiale à suspendre ses décaissements – et la baisse annoncée des cours du pétrole aggravent la situation. L’économie gabonaise, encore dépendante à 70 % des hydrocarbures, pourrait voir ses marges de manœuvre financières se réduire davantage dans les mois à venir.
Entre volonté de réformes et incertitudes économiques, la transition gabonaise avance sur un fil, scrutée à la fois par ses citoyens et la communauté internationale.
La Rédaction

