Le 20 février 2025, un événement marquant s’est déroulé à Abidjan avec la rétrocession officielle du camp militaire de Port-Bouët aux forces armées de la Côte d’Ivoire. Cette transition, symbolique à bien des égards, a vu la France céder son dernier bastion militaire dans la capitale économique ivoirienne, un geste lourd de sens dans le cadre de la reconfiguration des relations franco-africaines.
Présidée par Sébastien Lecornu, ministre français des Armées, et Téné Birahima Ouattara, ministre ivoirien de la Défense, la cérémonie a été l’occasion de retirer le drapeau tricolore français au profit du drapeau ivoirien, marquant la fin de la présence permanente de la France sur ce site stratégique. Le camp, désormais renommé « Général Thomas-d’Aquin-Ouattara » en hommage à l’ancien chef d’état-major de l’armée ivoirienne, symbolise un tournant dans les relations militaires entre les deux pays.
Le processus de transfert, initié en avril 2023, a abouti à l’installation d’un bataillon de 90 parachutistes ivoiriens sur place depuis janvier 2025. Ce camp de 230 hectares, devenu un centre de formation et de développement, est désormais entièrement aux mains des autorités ivoiriennes, qui s’engagent à en faire un modèle de discipline et d’excellence militaire.
Sébastien Lecornu a souligné que, bien que la France réduise sa présence, elle continuera d’apporter son soutien à la Côte d’Ivoire. Environ 80 militaires resteront pour assurer des missions de formation et de conseil. L’inauguration d’une académie militaire des systèmes d’information et de communication en janvier dernier en est un exemple concret. Elle permettra à la Côte d’Ivoire de former ses propres officiers, un atout majeur pour renforcer l’autonomie militaire du pays.
Ce transfert fait partie d’une réorientation plus large de la stratégie militaire française en Afrique, amorcée avec la fin de l’opération Barkhane et la fermeture de plusieurs bases militaires dans la région. Alors que la France ajuste ses engagements face à une montée du souverainisme sur le continent, elle met l’accent sur des partenariats fondés sur la coopération technique et opérationnelle, plutôt que sur une présence militaire permanente.
La Côte d’Ivoire, de son côté, affiche sa volonté de renforcer ses capacités de défense à travers des formations communes et des exercices réguliers avec l’armée française. Ce modèle de coopération, selon les autorités ivoiriennes, permettra d’allier expertise française et autonomie locale, et de préparer les forces armées à faire face aux défis sécuritaires actuels.
Ainsi, la rétrocession du camp militaire de Port-Bouët représente bien plus qu’un simple transfert de propriété. Elle s’inscrit dans un contexte géopolitique en évolution, marquant une nouvelle ère pour les relations franco-ivoiriennes et un modèle de coopération plus respectueux des réalités et aspirations africaines.
La Rédaction

