Exilé depuis cinq ans, Guillaume Soro, ancien Premier ministre ivoirien et figure majeure de l’opposition, a dénoncé dans une vidéo publiée jeudi une « dérive autoritaire assumée » du pouvoir d’Abidjan, à quelques mois de l’élection présidentielle prévue le 25 octobre 2025. Il fustige l’exclusion des principales figures de l’opposition, dont lui-même, et appelle la communauté internationale à sortir de son silence.
Dans une intervention grave, partagée sur les réseaux sociaux, Guillaume Soro affirme que les autorités ivoiriennes ont « choisi l’injustice comme méthode, l’arbitraire comme politique, la peur comme stratégie ». L’opposant de 52 ans, sous le coup d’un mandat d’arrêt international et aujourd’hui installé entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali, s’est alarmé de ce qu’il qualifie de « coup d’État civil ».
« Par une dérive autoritaire, assumée d’ailleurs, quatre grandes figures de l’opposition, représentant près des trois quarts de l’électorat, ont été arbitrairement radiés des listes électorales », déclare-t-il. Il vise notamment Tidjane Thiam, chef du PDCI, radié pour des raisons liées à sa nationalité, ainsi que l’ancien président Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et lui-même, tous écartés de la présidentielle pour des motifs judiciaires.
Les autorités, de leur côté, assurent que toutes les décisions sont fondées sur des textes juridiques et réfutent toute ingérence politique dans les procédures.
Dans sa déclaration, Soro interpelle vivement la Cedeao : « Où est la Cedeao quand un président viole la Constitution, manipule la justice, exclut ses opposants et se prépare à un 4ᵉ mandat illégal ? Faut-il attendre du sang pour réagir ? » Un réquisitoire sévère qui cible aussi la communauté internationale, selon lui prompte à condamner les régimes militaires, mais muette face aux dérives civiles.
Si le président Alassane Ouattara, 83 ans, n’a pas encore été désigné officiellement comme candidat par son parti, il a déjà laissé entendre son intention de « continuer à servir son pays », laissant planer le doute sur une éventuelle nouvelle candidature. Ce scénario, qui prolongerait son pouvoir entamé en 2011, suscite des tensions croissantes.
Guillaume Soro, autrefois allié puis rival du chef de l’État, avait été condamné à 20 ans de prison en 2020 pour « recel de détournement de deniers publics », puis à la perpétuité en 2021 pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Malgré son éloignement, il reste une voix influente, à l’affût des bouleversements politiques dans une région en quête de stabilité.
La Rédaction

