En Tanzanie, les expulsions forcées des Masaïs de leurs terres ancestrales se poursuivent sous couvert de conservation et de développement touristique. Malgré les protestations des communautés locales et des organisations de défense des droits humains, le gouvernement tanzanien justifie ces déplacements par la nécessité de préserver l’environnement et de développer un tourisme lucratif, notamment dans la célèbre zone de conservation de Ngorongoro.
Une politique d’expulsion sous prétexte de protection de la nature
Depuis plusieurs décennies, la Tanzanie adopte une approche de conservation dite “forteresse”, qui vise à exclure les populations locales des zones protégées afin d’y limiter l’impact humain. Cette politique s’est intensifiée sous la présidence de Samia Suluhu Hassan, avec des expulsions de plus en plus fréquentes et violentes.
Le gouvernement affirme que la croissance démographique des Masaïs – aujourd’hui environ 100 000 dans la zone de conservation de Ngorongoro – met en péril l’écosystème local. Pourtant, ces pasteurs semi-nomades cohabitent avec la faune sauvage depuis des siècles. Ce sont plutôt les intérêts économiques liés au tourisme qui semblent motiver ces expulsions. Avec plus de 17 % du PIB tanzanien issu de cette industrie, la pression pour libérer des terres destinées aux safaris et aux chasses privées est immense.
Des méthodes brutales pour forcer les départs
Les forces gouvernementales ont intensifié les pressions sur les communautés masaï, employant des tactiques de harcèlement et de violence. Des témoignages font état de villages incendiés, de bétail confisqué et de restrictions d’accès aux points d’eau et aux pâturages.
En janvier 2025, un rapport accablant a conduit à l’annulation d’un projet touristique financé par la Banque mondiale dans le parc national de Ruaha. Ce projet était accusé d’être directement lié à des violations graves des droits humains : exécutions arbitraires, viols et tortures perpétrés par des gardes forestiers. Cet événement a mis en lumière l’implication de grandes institutions internationales dans la répression des Masaïs.
Conservation ou accaparement des terres ?
Derrière la justification environnementale se cache une réalité bien plus complexe. Les organisations internationales de conservation, telles que la Société zoologique de Francfort et l’UNESCO, ont indirectement contribué à ces expulsions en soutenant des plans de gestion favorisant l’exclusion des populations locales.
L’UNESCO, en particulier, a demandé aux autorités tanzaniennes de “relocaliser volontairement” les habitants de Ngorongoro, en proposant des “incitations” financières. Mais ces mesures ne sont qu’un moyen détourné de forcer les départs en rendant la vie sur place invivable : interdiction de cultiver la terre, restrictions sur le nombre de bêtes autorisées, privation d’accès aux services de base comme l’éducation et la santé.
Une lutte pour la survie
Face à cette menace, les Masaïs résistent. Des manifestations ont eu lieu à Nairobi et dans plusieurs capitales africaines, dénonçant ces expulsions comme une violation flagrante des droits humains. Des figures militantes comme Maria Tsehai, récemment enlevée puis relâchée au Kenya, continuent de porter la voix de leur peuple sur la scène internationale.
Cette situation pose une question cruciale : la conservation peut-elle être menée sans exclure ceux qui ont historiquement préservé ces terres ? En l’absence d’un véritable dialogue avec les communautés locales, les politiques de protection de la nature risquent de perpétuer des injustices et de transformer les réserves naturelles en bastions d’élite, inaccessibles à ceux qui en ont toujours pris soin.
La Rédaction

