La police kenyane est sous le feu des critiques pour son impunité et son non-respect récurrent de l’État de droit. La tension a atteint un nouveau sommet après que Gilbert Masengeli, inspecteur général par intérim de la police, a ignoré plusieurs injonctions de la Haute Cour de Nairobi l’ordonnant de témoigner concernant l’enlèvement présumé de trois hommes par des policiers.
Les trois hommes concernés, Bob Njagi, Jamil Longton et son frère Aslam Longton, avaient publiquement soutenu les manifestations antigouvernementales qui ont éclaté en juin 2023 contre le gouvernement du président William Ruto. Le 19 août, ils ont été enlevés à Kitengela, une ville située au sud de Nairobi, par des individus soupçonnés d’être des agents de sécurité d’État. Depuis, leur sort reste inconnu, ce qui a poussé la Law Society of Kenya (LSK) à saisir les tribunaux pour obtenir justice.
Sanction contre le chef de la police
Le juge Lawrence Mugambi a condamné Masengeli à une peine de six mois de prison pour outrage au tribunal, lui donnant un délai de sept jours pour se présenter volontairement avant le 19 septembre. En cas de non-respect, le ministre de l’Intérieur a reçu pour instruction de s’assurer que Masengeli soit incarcéré pour purger sa peine.
Après la condamnation, Haki Africa, un groupe de défense des droits de l’homme basé à Mombasa, a menacé d’organiser une marche jusqu’au bureau de Masengeli pour l’arrêter. Selon Yusuf Aboubakar, directeur exécutif de Haki Africa, « Personne n’est au-dessus du peuple. »
Désobéissance croissante aux décisions judiciaires
La Cour d’appel a rejeté la demande de suspension de peine déposée par les avocats de Masengeli, qualifiant la décision de la Haute Cour de légitime. Cette affaire reflète un problème plus vaste au Kenya, où l’insubordination envers les décisions de justice semble en augmentation. Francis Auma, défenseur des droits humains, a souligné que ce phénomène est en train de pousser le pays vers un état d’anarchie, où seules les classes pauvres respectent les décisions judiciaires.
Réactions et retrait de la protection du juge
Dans une tournure imprévue, un jour après la condamnation de Masengeli, la police a retiré la protection accordée au juge Mugambi, provoquant une vague d’indignation. La Commission des services judiciaires a dénoncé cette mesure comme une forme de représailles et une atteinte à l’État de droit.
La juge en chef Martha Koome a fermement condamné cette décision, affirmant qu’elle violait l’indépendance judiciaire garantie par la Constitution kényane. Elle a exigé que la protection du juge Mugambi soit rétablie sans délai.
Un exemple à suivre
L’analyste politique Kelvin Ochol a attribué cette situation à l’absence de volonté politique, dénonçant la classe dirigeante, notamment le président Ruto, qui aurait lui-même ignoré des décisions judiciaires par le passé. Ruto, arrivé au pouvoir en septembre 2022, a publiquement critiqué la magistrature, qualifiant certains juges de corrompus et d’alliés de l’opposition.
Alors que les tensions persistent, le 18 septembre, le Parlement a approuvé la nomination de Douglas Kanja comme nouveau chef de la police, ouvrant la voie à sa prestation de serment sous peu.
La Rédaction

