Alors que les géants du numérique cherchent à capter le prochain milliard d’utilisateurs connectés, Elon Musk et son réseau satellitaire Starlink réaffirment leur ambition : faire de l’Afrique un pilier stratégique. Mais entre embûches réglementaires, défis logistiques et promesses d’inclusion numérique, le retour de Starlink sur le continent n’a rien d’un long fleuve tranquille.
Afrique du Sud : investissements massifs, obstacles politiques
En Afrique du Sud, Starlink prépare un investissement évalué à 2 milliards de rands (environ 10 millions de dollars) pour améliorer l’accès à Internet dans la région de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Cependant, l’entreprise fait face à un écueil juridique : les règles du Broad-Based Black Economic Empowerment (B-BBEE), qui imposent une participation de 30 % à des groupes historiquement défavorisés pour l’obtention de licences télécoms.
Pour contourner cette contrainte sans céder du capital, Starlink mise sur une stratégie d’équivalent de capital (PIEC), promettant notamment 500 millions de rands pour connecter 5 000 écoles rurales, soit potentiellement 2,4 millions d’enfants. L’entreprise veut aussi s’appuyer sur les entreprises locales pour le déploiement technique, la sécurité et l’entretien du réseau. Mais le feu vert réglementaire n’est pas encore accordé. La licence d’exploitation est toujours à l’étude auprès de l’autorité indépendante ICASA, et pourrait ne pas être délivrée avant fin 2025, malgré les pressions du ministre des Communications, Solly Malatsi.
Cameroun : une nouvelle tentative après l’interdiction
Au Cameroun, Starlink tente de faire son retour après avoir été interdit en avril 2024 pour avoir opéré sans licence officielle. Une délégation de SpaceX a rencontré la ministre des Postes et Télécommunications le 26 juin dernier, pour discuter d’un cadre réglementaire conforme. Le gouvernement exige une collaboration structurée et transparente, tandis que des kits importés ont été saisis par la douane, signalant une crispation persistante autour des services non régulés. Malgré cela, l’intérêt pour Starlink reste fort, notamment face aux performances jugées inégales des acteurs locaux comme Camtel, MTN et Orange.
RDC, Lesotho, Sénégal : une expansion inégale mais continue
La situation est plus favorable ailleurs. En République démocratique du Congo, l’un des pays les moins connectés du continent, Starlink a obtenu en mai 2025 une autorisation d’exploitation nationale. Le Lesotho lui a, lui aussi, octroyé une licence de dix ans en juin. Quant au Sénégal et à la Côte d’Ivoire, ils figurent sur la carte des pays ciblés pour des lancements dès fin 2025.
Actuellement, une vingtaine de pays africains accueillent déjà Starlink ou sont en phase de pré-déploiement.
Nigéria : engouement puis saturation
Au Nigéria, la dynamique a été fulgurante. Avec plus de 65 000 utilisateurs, Starlink est devenu le deuxième fournisseur d’accès Internet du pays. Mais cette popularité a vite conduit à une saturation du réseau, obligeant l’entreprise à suspendre temporairement les nouvelles inscriptions dans les grandes villes. Le débit varie considérablement d’un pays à l’autre : 80 Mbps au Botswana et au Rwanda, mais parfois moins de 50 Mbps au Nigeria, au Kenya ou au Zimbabwe. La latence, elle, reste globalement plus élevée que sur la fibre optique.
Des obstacles persistants : prix, régulation et confiance
Malgré sa promesse de connecter les zones rurales les plus enclavées, le coût reste un frein. L’équipement initial coûte entre 200 et 700 dollars, avec un abonnement mensuel que de nombreux Africains jugent trop onéreux. En Kenya, la demande a même chuté de près de 10 % début 2025, signe d’un début de désenchantement sur certains marchés.
Face à cela, Starlink continue d’ajuster sa stratégie. En misant sur l’investissement local, la formation, la création d’emplois et les partenariats publics-privés, l’entreprise espère s’imposer durablement.
Un pari à long terme sous surveillance
L’offensive africaine de Starlink est loin d’être un simple déploiement technologique. Elle est aussi politique, économique et sociale. Le pari est ambitieux : faire du haut débit satellitaire une solution de masse pour un continent encore à la traîne sur la connectivité. Mais les obstacles sont nombreux : entre régulations nationales jalouses de leur souveraineté numérique, infrastructures fragiles et besoins sociaux immenses, l’avenir de Starlink en Afrique dépendra autant de sa technologie que de sa capacité à s’adapter aux réalités locales.
La Rédaction

