À Paje, petite ville côtière de Zanzibar, les eaux turquoise s’animent chaque matin sous les mouvements des femmes cultivatrices d’algues. Robes flottantes et paniers à la main, elles s’avancent dans le lagon, tandis que les touristes captent ces scènes pittoresques, ignorants souvent que ces algues finiront dans des cosmétiques, crèmes solaires ou produits pharmaceutiques vendus dans le monde entier.
Depuis plusieurs décennies, l’algoculture est un pilier de l’économie locale. Aujourd’hui, l’engouement international pour les algues, en raison de leurs propriétés épaississantes et stabilisantes, entraîne un nouvel essor de la filière, offrant aux femmes un véritable levier d’autonomie et de revenu.
« Le plus difficile, c’est de planter les poteaux et d’attacher les cordes sous l’eau. Quand on se redresse, le dos fait mal », explique Pili Khalid Pandu, cultivatrice expérimentée. Les journées sont longues, le soleil implacable et les irritations cutanées fréquentes, sans compter le risque de blessures ou de piqûres d’oursins. Mwanaisha Makame Simai, cultivatrice indépendante, raconte : « Parfois, ma peau se rétracte après des heures dans l’eau. Quand je sors, elle paraît toute ridée. » Malgré ces difficultés, ces femmes persistent : pour beaucoup, l’algoculture constitue la principale source de revenus dans un pays où moins de la moitié des femmes sont employées officiellement.
Zanzibar compte aujourd’hui environ 25 000 cultivateurs d’algues, majoritairement des femmes. La filière se classe désormais au troisième rang de l’économie locale, derrière le tourisme et les épices. Des initiatives locales, comme Mwani Zanzibar, visent à améliorer les conditions de travail et à augmenter les revenus en formant les femmes à la fabrication de cosmétiques naturels, leur permettant de passer plus de temps en atelier et moins dans le lagon. « Nous voulons que ces femmes soient actrices de la chaîne de valeur, pas seulement productrices », souligne Klara Schade, directrice de l’entreprise.
Le réchauffement climatique pousse certaines cultivatrices à planter les algues en eau plus profonde, augmentant le risque de noyade lorsque la marée remonte rapidement. La fondation Milele Zanzibar intervient pour enseigner la natation et prévenir ces accidents.
Soutenue par des investisseurs et ONG tels que Cargill et The Nature Conservancy, la filière attire désormais l’attention internationale. La Global Seaweed Coalition veille à encadrer sa croissance et à garantir sa durabilité, faisant de l’algoculture à Zanzibar un exemple concret de développement économique inclusif, où les femmes jouent un rôle central.
La Rédaction

