Des milliers de migrants, principalement en provenance d’Éthiopie et de Somalie, fuyant la guerre et la répression dans leurs pays d’origine, espèrent trouver un refuge au Yémen, un territoire moins éloigné des pays du Golfe, où la stabilité semble encore possible. Pourtant, ce qu’ils trouvent une fois arrivés est bien loin de l’asile qu’ils recherchaient. Le Yémen, dévasté par plus de huit ans de guerre civile, se révèle être un piège où les réfugiés africains se retrouvent pris au milieu d’un conflit qu’ils ne maîtrisent pas et qui semble ne jamais vouloir s’achever.
Un pays en guerre, une trêve fragile
Depuis 2014, le Yémen est plongé dans un conflit dévastateur opposant les Houthis, soutenus par l’Iran, aux forces loyalistes appuyées par l’Arabie Saoudite et une coalition internationale. Cette guerre, souvent perçue comme un affrontement par procuration entre puissances régionales, a dévasté le pays, faisant de lui l’une des pires crises humanitaires du monde. En 2022, une trêve négociée par l’ONU avait permis de réduire l’intensité des combats. Cependant, ce fragile cessez-le-feu reste menacé par les tensions géopolitiques croissantes, notamment entre les Houthis et les puissances occidentales, et la guerre en cours entre Israël et le Hamas, qui exacerbe les tensions dans la région.
Pour les migrants africains, ces bouleversements ne sont qu’un nouvel obstacle à surmonter dans un contexte déjà de plus en plus incertain. Ceux qui arrivent dans le pays, en quête de sécurité et de meilleures opportunités économiques, se retrouvent souvent bloqués dans un endroit qui leur offre ni paix ni perspective d’avenir. Ils se retrouvent piégés entre les bombardements, les attaques de groupes armés et la répression exercée par les autorités locales.
Une fuite sans fin
Mohamed Uthman Aden, un Éthiopien de 42 ans, est l’un des milliers de réfugiés africains qui ont vu leurs espoirs se briser une fois arrivés au Yémen. Originaire de l’Ogaden, une région marquée par un conflit récurrent en Éthiopie, Mohamed a vécu une enfance marquée par la violence de la guerre civile. Après avoir été emprisonné et torturé par le gouvernement éthiopien, il a réussi à fuir pour rejoindre sa femme et son enfant, réfugiés eux aussi au Yémen.
Pour y parvenir, Mohamed a traversé le golfe d’Aden, à bord d’une embarcation de fortune, un voyage périlleux qui a coûté la vie à de nombreux migrants, noyés dans les eaux tumultueuses. Une fois arrivé, il découvre un pays en guerre où les réfugiés africains ne sont guère mieux lotis que les habitants du Yémen. Plutôt que de trouver un havre de paix, Mohamed se retrouve pris dans un tourbillon de violence qui ne cesse de détruire tout ce qu’il a essayé de reconstruire.
Raha Mohamud, une autre migrante éthiopienne, a vécu un parcours similaire. Après avoir perdu sa famille dans des violences politiques en Éthiopie, elle s’est réfugiée au Yémen, espérant y trouver un semblant de stabilité. Mais son rêve de paix a été brisé en 2015 lorsqu’elle a été blessée dans un bombardement. Aujourd’hui, elle survit grâce à l’aide humanitaire, accablée par ses blessures, mais déterminée à ne pas sombrer dans le désespoir.
Un avenir incertain
Malgré la situation dramatique, le Yémen demeure une destination pour des dizaines de milliers de migrants de la Corne de l’Afrique. En 2023, plus de 90 000 personnes ont tenté la traversée du golfe d’Aden, espérant un avenir meilleur, mais se heurtant à une réalité bien plus sombre. Leurs espoirs sont confrontés à la dure réalité d’un pays en guerre où la survie devient un combat quotidien.
Dans un contexte de guerre persistante et de crise humanitaire, les réfugiés africains au Yémen sont constamment exposés à des risques de violence, d’arrestation et de déplacement forcé. En dépit de ces conditions, certains continuent d’arriver, espérant que leur destin sera différent, que la chance leur sourira. Mais chaque jour passé au Yémen semble condamner ces migrants à une incertitude permanente, pris dans un cycle sans fin de souffrances et de luttes.
Le manque d’une solution politique durable et la menace d’une reprise des hostilités entre les belligérants laissent présager que cette situation pourrait durer encore longtemps. Les réfugiés africains au Yémen n’ont d’autre choix que de risquer leur vie pour tenter d’échapper à la guerre et à la répression dans leurs pays d’origine, pour se retrouver coincés dans un autre conflit, tout aussi meurtrier.
Le poids du silence international
Malgré la gravité de la situation, les réfugiés africains au Yémen demeurent largement invisibles sur la scène internationale. Les organisations humanitaires, bien que présentes, ne peuvent fournir qu’une aide limitée face à la vastitude de la crise. Selon les Nations Unies, plus de 4 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, et plus de 24 millions de yéménites ont besoin d’aide humanitaire. Mais les réfugiés africains, dont le nombre ne cesse de croître, ne bénéficient que d’une attention marginale dans les politiques internationales de migration.
En dépit de ces défis, certains réfugiés refusent de se résigner. Ils luttent pour se reconstruire, souvent en marge de la société yéménite, où ils sont considérés comme des étrangers et sont souvent victimes de discriminations. Mais ces migrants, par-delà les épreuves, continuent de garder l’espoir qu’un jour, un chemin vers la sécurité et la paix s’ouvrira enfin pour eux.
La Rédaction

