Elle ne fait pas que changer de poste. Elle incarne un repositionnement. En nommant Sandra Kassab à la tête de son département Afrique à l’AFD, la France signale un virage : celui d’une diplomatie économique débarrassée des nostalgies, plus pragmatique, plus discrète aussi.
Dans le brouhaha diplomatique entre vieilles puissances et nouvelles ambitions, Sandra Kassab avance à pas calculés. Sans effet d’annonce, elle impose une méthode : celle du partenariat utile, construit sur la confiance plutôt que sur les bilans à présenter. Son arrivée à la direction du département Afrique de l’Agence française de développement (AFD) n’est pas un simple roulement administratif. Elle est la mise en œuvre d’une réécriture profonde des codes de la coopération franco-africaine.
L’heure n’est plus aux injonctions, mais aux co-investissements
À l’heure où la présence française est remise en question dans plusieurs capitales africaines, le rôle de l’AFD devient hautement stratégique. En misant sur Sandra Kassab, l’État français fait le pari d’un profil à la fois technique, diplomatique et sensible aux signaux faibles. Pas d’héritage colonial à faire valoir, pas de discours condescendant. Elle avance sur le terrain, s’imprègne des contextes, et noue des liens sur le temps long.
Son objectif n’est pas de plaire, mais de convaincre que le développement se construit avec, et non pour. Elle ne parle pas d’« aide », mais de « solutions partagées ». De la microfinance à la transition climatique, du développement urbain à l’accès aux services essentiels, Kassab s’efforce de bâtir des montages où la responsabilité locale prime, et où la France devient partenaire minoritaire, mais décisif.
Une diplomatie du geste, pas de la posture
Son style tranche avec les habitudes. Pas de grandes allocutions, mais des conversations ciblées avec les acteurs du terrain. Pas de déplacement sans écoute. Pas de promesse sans mécanisme de suivi. Elle préfère les salles d’audience aux plateaux télé. Et ses prises de parole, rares, reflètent une intention : sortir la diplomatie française des logiques descendantes pour renouer avec la crédibilité.
L’AFD version Kassab : laboratoire d’un nouvel engagement
Sous sa direction, l’AFD pourrait devenir le laboratoire discret d’un nouveau visage français en Afrique : celui d’une puissance qui comprend qu’elle ne peut plus imposer un modèle, mais qui peut co-construire des trajectoires. Le succès d’un tel changement dépendra aussi de la capacité de la France à assumer une position moins centrale, moins spectaculaire, mais plus durable.
Au fond, Sandra Kassab n’est pas là pour réinventer l’Afrique, ni même pour lui proposer une feuille de route. Elle est là pour que la France cesse de croire qu’elle en a une à lui dicter.
La Rédaction

