Né en 1952 d’un père togolais et d’une mère française, William Adjété Wilson est un artiste plasticien autodidacte qui a su imposer sa vision singulière au sein du paysage artistique français et international. Ayant grandi à Orléans, il découvre ses racines africaines lors d’un voyage initiatique au Togo et au Bénin, qui marquera durablement son approche artistique.
Un Parcours Atypique et Cosmopolite
Installé à Paris dès 1972, il fait ses premiers pas dans le monde de l’art par le dessin et expose pour la première fois en 1976. Au cours des années 1980, il intègre différents collectifs et mouvements artistiques urbains, notamment « La Ruée vers l’art » et « Le Génie de la Bastille ». Son engagement dans l’espace public se manifeste également à travers des collaborations avec les Frères Ripoulin et d’autres artistes investissant la rue et l’affichage publicitaire. Il se familiarise avec diverses techniques, notamment la lithographie dans l’atelier Franck Bordas et la linogravure à l’atelier du Petit Jaunais.


Parallèlement, Wilson s’impose dans le domaine de l’illustration en collaborant avec des journaux prestigieux comme Libération, Télérama et The New Yorker. Son travail est remarqué par le ministère des Affaires étrangères, qui lui décerne en 1986 le prix Médicis de la Villa Médicis hors les murs, distinction qui vient consacrer son engagement artistique.
Une démarche artistique entre mémoire et modernité
L’œuvre de William Adjété Wilson s’inscrit dans une quête identitaire et mémorielle qui transcende les clivages culturels. Dans les années 1990, il développe un travail de sculpture à partir d’assemblages de bois de chaises, exposés en France, en Autriche, en Suisse et aux États-Unis. Cette approche traduit son intérêt pour la récupération et la transformation des matériaux, symbolisant la métaphore du voyage et de l’hybridité culturelle.
En 1998, il marque un tournant dans sa carrière en illustrant avec 25 pastels l’édition du cinquantième anniversaire de La Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Ce travail réaffirme son engagement envers les thématiques humanistes et son intérêt pour les récits universels.
Son regard artistique se déploie aussi dans le domaine de la scénographie et du costume, notamment avec Les Petites Pièces de Berlin de Dominique Bagouet en 1988, où il conçoit les décors et les costumes.


Une reconnaissance avec « Paris Noir »
En 2025, William Adjété Wilson participe à l’exposition collective Paris Noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950-2000 au Centre Pompidou. Cet événement met en lumière la contribution des artistes afrodescendants à la redéfinition des modernités artistiques à travers les décennies. L’exposition se veut une plongée dans un Paris cosmopolite, où se croisent abstraction, surréalisme et figuration libre, illustrant les dialogues entre cultures et mémoires postcoloniales.
Une installation majeure de l’exposition reprend le concept de l’Atlantique noir défini par l’intellectuel Paul Gilroy, faisant écho aux travaux d’Édouard Glissant sur le « Tout-Monde ». La participation de Wilson à cet événement souligne son rôle essentiel dans cette dynamique transnationale et intersectionnelle.


Une publication chez Gallimard : Une oeuvre en livre
Parallèlement à sa présence à Paris Noir, William Adjété Wilson publie un ouvrage aux éditions Gallimard, offrant une rétrospective de son parcours et de son œuvre. Ce livre, richement illustré, revient sur son itinéraire d’artiste indiscipliné, rétif aux assignations identitaires et aux catégorisations rigides. Il met en perspective l’influence des cultures africaines, européennes et américaines dans son travail, tout en questionnant la notion de modernité et d’héritage postcolonial.
Ce projet éditorial permet de redécouvrir un artiste discret mais fondamental dans la cartographie artistique contemporaine. Sa démarche, oscillant entre art populaire, engagement politique et expérimentation formelle, témoigne d’une volonté constante de faire dialoguer les mémoires et les imaginaires.


Un artiste hors-norme
William Adjété Wilson s’inscrit dans une trajectoire artistique où l’hybridité et la résistance aux classifications sont centrales. Son parcours, jalonné d’expériences diverses allant de l’art urbain à la sculpture, de l’illustration à la scénographie, démontre une capacité rare à transcender les limites des disciplines artistiques.


Sa participation à Paris Noir et la publication de son ouvrage chez Gallimard marquent une ènième reconnaissance méritée pour cet artiste dont l’œuvre continue d’interroger les liensentre passé, présent et futur.
Ainsi, William Adjété Wilson s’impose comme une figure essentielle pour comprendre les enjeux de l’art contemporain dans un monde en perpétuelle recomposition.
Richard Laté Lawson-Body

