Croissance urbaine accélérée, déficit de logements, pression sur les infrastructures et dérèglement climatique : les villes africaines concentrent des défis qui exigent de nouvelles compétences. À Lomé, l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme (EAMAU) entend adapter ses formations à ces mutations. La clôture de son cinquantenaire, marquée par l’adhésion du Burundi et la rentrée académique 2026-2027, ouvre une nouvelle étape pour cette institution panafricaine.
Après cinquante années consacrées à la formation des architectes, urbanistes et gestionnaires urbains, l’EAMAU aborde une période décisive. L’établissement, installé dans la capitale togolaise depuis 1976, doit désormais répondre à des transformations urbaines dont l’ampleur dépasse les modèles traditionnels d’aménagement.
La cérémonie organisée le 14 octobre à Lomé, au terme de trois journées commémoratives, a ainsi dépassé le cadre d’une célébration institutionnelle. Elle a permis de confronter l’héritage de l’École aux nouvelles exigences du développement territorial africain, tout en ouvrant officiellement l’année académique 2026-2027.
Former pour des villes qui changent plus vite que leurs infrastructures
La croissance des agglomérations africaines pose des questions majeures : comment produire des logements accessibles, organiser les transports, préserver les espaces naturels et construire des infrastructures capables de résister aux effets du changement climatique ?
Pour le professeur Bouréma Kansaye, ministre malien de l’Enseignement supérieur et président du Conseil d’administration de l’EAMAU, ces défis imposent une évolution des programmes pédagogiques et un renforcement de la recherche appliquée aux réalités du continent.
L’enjeu ne consiste plus seulement à former des professionnels capables de concevoir des bâtiments ou de planifier des quartiers. Il s’agit également de développer des compétences en mobilité durable, en résilience climatique, en gestion des ressources et en aménagement de territoires confrontés à une urbanisation rapide.
En cinq décennies, l’EAMAU a formé plus de 4 000 professionnels. Ce bilan constitue un acquis important, mais la pertinence de l’institution dépendra désormais de sa capacité à préparer ses diplômés aux besoins émergents des collectivités africaines.
Le Burundi rejoint une école qui renforce sa vocation panafricaine
L’autre évolution majeure de cette rentrée concerne l’élargissement de l’EAMAU. L’adhésion du Burundi porte à quinze le nombre d’États membres de l’institution. Dix étudiants burundais intègrent l’établissement pour cette nouvelle année académique.
Cette ouverture confirme la vocation régionale de l’École, née d’une initiative commune de pays africains en 1975. Elle traduit aussi l’intérêt d’une formation mutualisée dans des disciplines où les États partagent des problématiques comparables, malgré leurs différences géographiques et économiques.
Pour le Togo, pays hôte, cette dimension panafricaine conforte la place de Lomé comme centre de formation et d’échanges universitaires. Le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a réaffirmé l’engagement des autorités togolaises à accompagner la modernisation de l’établissement aux côtés des autres États membres.
Une modernisation attendue dans les enseignements et la recherche
Les perspectives annoncées concernent notamment l’acquisition d’équipements pédagogiques, la numérisation de la bibliothèque et le développement de plateformes d’apprentissage hybride et à distance. L’EAMAU prévoit également de renforcer son corps enseignant, de relancer les activités de ses laboratoires et d’élargir ses partenariats académiques.
Les recommandations formulées durant les célébrations du cinquantenaire doivent encore être examinées afin d’identifier les mesures susceptibles d’être mises en œuvre. Leur concrétisation dépendra des moyens mobilisés et de la capacité de l’institution à inscrire ces réformes dans la durée.
À l’heure où les villes africaines doivent concilier expansion démographique, qualité de vie et adaptation climatique, la formation des professionnels de l’aménagement devient un enjeu stratégique. Pour l’EAMAU, le véritable prolongement de ses cinquante ans d’existence se jouera moins dans la célébration de son passé que dans sa contribution à la construction de villes africaines plus accessibles, mieux organisées et durables.
La Rédaction

