Trois sites africains ont été retirés de la Liste du patrimoine mondial en péril, marquant une avancée notable dans les efforts de sauvegarde du patrimoine sur le continent. Parallèlement, quatre nouvelles candidatures africaines sont à l’étude, dont deux provenant de pays encore absents du registre mondial.
Lors de sa session du 9 juillet 2025 à Paris, l’Unesco a officiellement retiré de la liste des biens en péril les Forêts humides de l’Atsinanana à Madagascar, le site antique d’Abou Mena en Égypte et l’ancienne ville de Ghadamès en Libye. Ces sites, jusqu’ici menacés dans leur intégrité ou leur valeur universelle exceptionnelle, sont désormais considérés comme ayant franchi un seuil critique de sauvegarde.
Cette sortie s’inscrit dans une dynamique plus large engagée depuis 2018 pour réduire le déséquilibre historique dans la représentation africaine au Patrimoine mondial. Sur 1 223 biens inscrits dans le monde, moins de 9 % se situent sur le continent africain. De plus, onze pays africainsn’ont encore aucun bien classé, à l’image des Comores, du Libéria ou de la Somalie.
Un effort budgétaire et stratégique renforcé
Face à ce constat, l’Unesco a revu sa stratégie : en 2025, 27 % de son budget est désormais alloué à l’Afrique. Cette réorientation se traduit par des actions concrètes : renforcement de la formation des professionnels du patrimoine, appui aux États pour la constitution de dossiers de candidature, et mise en place de mécanismes de surveillance et d’intervention rapide en cas de crise.
Des résultats tangibles sont déjà visibles : six sites africains ont été retirés de la liste en péril depuis 2020. Aux trois nouveaux sortants s’ajoutent notamment le Parc national de la Salonga en République démocratique du Congo (2021), les Tombeaux des rois Buganda en Ouganda (2023) et le Parc national du Niokolo-Koba au Sénégal (2024).
Le cas exemplaire des forêts de Madagascar
À Madagascar, un plan d’action conjoint entre l’Unesco et les autorités locales a permis de redresser la situation dans les Forêts humides de l’Atsinanana, inscrites en péril depuis 2010. Grâce à une gestion rigoureuse, la lutte contre le trafic de bois précieux et la surveillance satellitaire, 63 % des zones dégradées ont été restaurées, et les cas de braconnage ont fortement diminué.
Quatre candidatures africaines en cours d’examen
L’ambition ne s’arrête pas à la conservation. Quatre candidatures africaines sont actuellement étudiées pour une inscription au Patrimoine mondial. Deux d’entre elles proviennent de pays sans aucun site classé :
• L’archipel des Bijagos (Guinée-Bissau), connu pour sa biodiversité exceptionnelle, ses tortues marines et ses oiseaux migrateurs.
• Le complexe Gola-Tiwai (Sierra Leone), qui abrite des forêts tropicales intactes, des éléphants forestiers et des hippopotames pygmées.
Les deux autres dossiers concernent :
• Les Monts Mandara au Cameroun, riches en traditions culturelles et en paysages escarpés.
• Le Mont Mulanje au Malawi, un massif granitique reconnu pour sa flore endémique.
Vers une reconnaissance plus inclusive du patrimoine africain
En mai dernier, lors de la Conférence internationale sur le patrimoine culturel en Afrique tenue à Nairobi, plusieurs mesures ont été proposées pour combler le retard. L’Unesco promeut désormais une approche centrée sur les communautés locales et une définition élargie de l’authenticité. Le Document de Nairobi sur l’authenticité du patrimoine recommande d’inclure les pratiques orales, les rites et les contextes sociaux dans l’évaluation des candidatures.
Par ailleurs, un programme de mentorat a permis depuis 2021 la formation de 60 experts africainsissus de 46 pays, dont les onze encore absents de la liste. L’objectif : permettre aux États de mieux défendre leurs sites et de garantir leur conservation sur le long terme.
Une avancée, mais des défis persistants
Malgré ces progrès, l’Afrique reste confrontée à de nombreuses menaces : conflits armés, changement climatique, exploitation illégale des ressources. Aujourd’hui encore, 12 des 53 biens classés en péril dans le monde sont situés en Afrique, parmi lesquels le parc des Virunga (RDC) ou les monuments de Tombouctou (Mali).
L’Unesco reste mobilisée sur ces dossiers à travers une combinaison d’assistance technique, surveillance par satellite et partenariats locaux. Le continent, longtemps en marge, semble désormais mieux outillé pour faire entendre la voix de ses paysages, de ses cultures et de son histoire.
La Rédaction

