Deux rapporteures spéciales des Nations unies ont tiré, le 14 juillet, une sonnette d’alarme sur la situation des avocats en Tunisie. Dans un communiqué conjoint, Margaret Satterthwaite et Irene Khan dénoncent une « détérioration inquiétante » de l’indépendance de la profession, et accusent le pouvoir exécutif tunisien de chercher à « réduire au silence » les voix critiques.
Des avocats pris pour cibles
À travers une série d’exemples concrets, les deux expertes mandatées par le Conseil des droits de l’homme pointent des mesures jugées liberticides. Elles évoquent notamment l’arrestation d’Ahmed Souab, figure emblématique du barreau, incarcéré depuis avril pour des accusations de terrorisme. Son tort : avoir publiquement dénoncé des pressions politiques exercées sur les juges dans un procès très sensible impliquant des opposants au président Kaïs Saïed.
Le cas d’Ahmed Souab n’est pas isolé. Satterthwaite et Khan citent une liste de professionnels du droit également poursuivis ou condamnés : Dalila Msaddek, Islem Hamza, Ayachi Hammami, Ghazi Chaouachi, Mehdi Zagrouba ou encore Lazhar Akremi. Tous sont accusés d’avoir simplement exercé leur métier ou exprimé des opinions critiques.
Une justice menacée dans ses fondements
« Cibler les avocats pour leur rôle dans le système judiciaire ou pour leurs prises de parole constitue une menace directe pour l’équité des procès en Tunisie », avertissent les rapporteures. Elles rappellent que les avocats, à l’instar de tout citoyen, jouissent du droit à la liberté d’expression et d’opinion.
La situation, selon elles, porte atteinte à l’intégrité même du système judiciaire et fait peser une menace sur le droit fondamental à un procès équitable. Les autorités tunisiennes ont été contactées, précisent-elles, sans réponse publique à ce stade.
Le cas emblématique de Sonia Dahmani
L’intervention des expertes intervient également dans un contexte de forte répression contre les figures de l’opposition. L’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, connue pour ses critiques acerbes contre le président, a été arrêtée le 11 mai 2024 par des policiers cagoulés, au siège même de l’Ordre des avocats. Une interpellation jugée brutale et illégale par ses pairs.
Sonia Dahmani fait aujourd’hui face à cinq procédures judiciaires, toutes liées à des déclarations ou publications dans les médias, en vertu du controversé décret 54, accusé de restreindre sévèrement la liberté d’expression. Elle a déjà été condamnée à plusieurs peines de prison.
Une dérive préoccupante
Pour les défenseurs des droits humains, ces poursuites en série traduisent une dérive autoritaire du régime de Kaïs Saïed, de plus en plus accusé de vouloir dominer tous les contre-pouvoirs. Si la Tunisie a longtemps été citée comme un espoir démocratique post-printemps arabe, les signaux envoyés aujourd’hui inquiètent les observateurs internationaux.
La Rédaction

