Alors que le régime de Kaïs Saïed multiplie les arrestations d’opposants depuis février 2023, plusieurs décisions judiciaires récentes ont surpris. Sihem Ben Sedrine, Mohamed Boughalleb et Riadh Mouakher ont retrouvé la liberté, mais cette série de libérations ne marque pas forcément un infléchissement de la ligne du pouvoir.
Des détenus politiques relâchés, mais pas blanchis
Ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), Sihem Ben Sedrine a été arrêtée en août 2024, accusée de falsifications dans un dossier financier sensible. Après une grève de la faim qui avait gravement compromis sa santé, elle a été libérée le 19 février, mais reste interdite de voyage.
Le journaliste Mohamed Boughalleb, connu pour son ton critique, avait été condamné à huit mois de prison pour diffamation après des propos sur une haute fonctionnaire du ministère des Affaires religieuses. Sa libération, décidée contre toute attente, intervient après plusieurs alertes sur sa dégradation physique en détention.
Riadh Mouakher, ancien ministre de l’Environnement condamné à trois ans de prison pour une affaire de marchés publics, a également été relâché en attendant son procès en appel prévu en mai.
Une concession tactique face aux pressions internationales ?
Derrière ces décisions de justice inhabituelles, la pression extérieure se fait de plus en plus forte. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a récemment dénoncé la vague d’arrestations ciblant journalistes et militants. Dans le même temps, des voix aux États-Unis s’élèvent pour revoir l’aide financière accordée à Tunis, accusé de dérive autoritaire.
Malgré ces libérations, la machine répressive reste en marche. Des centaines d’opposants restent emprisonnés sous des chefs d’accusation flous, et le procès de plusieurs figures critiques du régime doit s’ouvrir début mars. Comme le rappelle Mohamed Boughalleb à sa sortie : « Je ne suis pas le seul à avoir été enfermé pour mes opinions. »
La Rédaction

