« Vos pays vont tout droit en enfer »
Le 23 septembre 2025, la 80ᵉ Assemblée générale des Nations Unies à New York s’est transformée en théâtre politique planétaire. Pendant près d’une heure, Donald Trump a livré ce qu’il considère comme son plaidoyer le plus fort : un mélange de diatribes, de provocations et d’autopromotion qui a tenu la salle en haleine. Fidèle à son style “America First”, le président américain a fait de l’ONU sa tribune, multipliant attaques et prédictions apocalyptiques, au risque de fracturer davantage une scène internationale déjà polarisée.
Une ONU humiliée, puis courtisée
Dès les premières minutes, Trump s’est lancé dans une charge brutale contre l’organisation elle-même. “Quelle est la finalité des Nations Unies ?”, a-t-il lâché, avant de dénoncer une institution “inefficace, remplie de mots creux et incapable de résoudre les crises”. L’ancien président a même tourné en dérision les ratés logistiques et financiers du siège new-yorkais, fustigeant un symbole de “bureaucratie en faillite”.
Mais derrière cette offensive, il a ménagé une porte de sortie diplomatique lors de sa rencontre bilatérale avec António Guterres : “Je soutiens l’ONU quand elle œuvre pour la paix, mais pas pour ce qu’elle est devenue aujourd’hui.”
Immigration et climat : la cible européenne
L’apogée du discours est venu avec une attaque frontale contre les politiques migratoires et environnementales, en particulier en Europe. “Vos pays vont tout droit en enfer”, a-t-il lancé, déclenchant un frisson dans l’assemblée.
Selon lui, l’ONU financerait une “invasion organisée” des frontières occidentales, avec un budget chiffré à 372 millions de dollars en 2024 pour soutenir plus de 600 000 migrants. Trump a martelé des statistiques chocs : 72 % des détenus en Suisse seraient étrangers, tandis que 300 000 enfants migrants auraient disparu dans des réseaux criminels.
Sur la transition énergétique, il a raillé les choix européens, promettant leur “mort économique”. Berlin, cible récurrente, a été épinglée pour sa dépendance passée au gaz russe, rappelée comme une preuve de “naïveté stratégique”.
Autopromotion et menaces géopolitiques
En maître de la mise en scène, Trump s’est attribué des victoires planétaires, affirmant avoir mis fin à “sept conflits majeurs”. Son discours a parfois viré à la candidature implicite pour le prix Nobel de la paix.
Sur Gaza, il a exigé un arrêt immédiat des hostilités, tout en réaffirmant un soutien indéfectible à Israël. Concernant la Russie, il a promis de nouvelles sanctions “d’une sévérité extrême” si la guerre en Ukraine se prolonge. Même le Brésil a été ciblé : Washington imposerait, selon lui, des droits de douane punitifs de 50 % pour “complicité avec la persécution politique de Jair Bolsonaro”.
Une réception contrastée
Contrairement à 2018, où les rires avaient fusé dans la salle, la réaction a été marquée par un silence tendu. Quelques applaudissements polis ont ponctué le discours, mais la crispation était palpable. António Guterres a défendu, dans une déclaration ultérieure, une ONU “sous siège mais indispensable”, tandis que la présidente de l’Assemblée appelait à préserver “l’esprit de coopération multilatérale”.
Dans les médias, les réactions divergent : Courrier international dénonce un “discours décousu qui fragilise l’ONU”, tandis que certains analystes voient dans cette performance la confirmation que Trump reste une figure centrale dans un monde en quête de repères.
Sur X, un champ de bataille numérique
En ligne, le contraste est tout aussi marqué. Ses partisans l’érigent en “visionnaire qui ose dire la vérité aux élites globalistes”, tandis que ses opposants y voient un “show mégalomane” qui met en péril la coopération internationale. Le hashtag #TrumpONU s’est hissé en tête des tendances mondiales quelques minutes seulement après la fin de son allocution.
Donald Trump a transformé la tribune onusienne en scène personnelle, bousculant l’Assemblée générale par une démonstration spectaculaire de rhétorique et de provocation. En attaquant de front l’ONU, l’Europe et les politiques climatiques, tout en revendiquant un rôle providentiel sur la scène mondiale, il a réaffirmé sa stratégie : séduire sa base en galvanisant l’opinion et redessiner, à sa manière, l’équilibre des forces internationales.
La Rédaction

