À moins d’un mois de la présidentielle du 17 août 2025, la Bolivie s’enfonce dans une crise politique et institutionnelle. L’ancien chef de l’État Evo Morales, figure historique de la gauche indigène, a été écarté de la course à la présidence après une décision de la Cour constitutionnelle interdisant l’exercice de plus de deux mandats. Morales dénonce une « persécution politique » et exige sa réintégration, mais derrière cette revendication, une autre réalité se dessine : le désamour croissant du peuple bolivien à son égard.
Un rejet populaire documenté
Loin de faire l’unanimité, Morales subit aujourd’hui une véritable chute de popularité. Plusieurs sondages récents révèlent un rejet massif de sa candidature. En 2024, plus de 76 % des Boliviens se déclaraient opposés à son retour au pouvoir. En 2025, 65 % des électeurs affirment qu’ils ne voteraient pas pour lui, tandis que seuls 12 % déclarent lui accorder encore leur confiance.
Autrefois adulé, Morales est désormais perçu par beaucoup comme un homme du passé, déconnecté des réalités économiques et sociales actuelles. Le fossé entre son discours de leader persécuté et les attentes populaires semble s’être creusé irrémédiablement.
Le crépuscule d’une légende politique
Premier président indigène de Bolivie, élu en 2006, Morales a profondément transformé le pays. Son gouvernement a promu la nationalisation des ressources, l’intégration des peuples autochtones et l’émancipation des couches populaires. Pendant quatorze ans, il a incarné une Bolivie en rupture avec l’élite traditionnelle.
Mais son insistance à briguer un quatrième mandat en 2019, malgré un référendum en sens contraire, a fracturé son image. Pour beaucoup, il est passé du statut de libérateur à celui d’homme accroché au pouvoir, sourd aux appels au renouveau.
Aujourd’hui, Morales accuse ses anciens alliés – en particulier le président Luis Arce – d’avoir trahi le projet fondateur du MAS-IPSP, en “droitisant” l’appareil d’État et en appliquant les recettes du FMI. Mais ces attaques n’ont pas suffi à rallier les foules. Même dans ses bastions traditionnels, comme le Chapare, son autorité est contestée.
Une candidature refusée, un pays divisé
Écarté de son propre parti, Morales avait tenté de se représenter via une autre formation, PAN-BOL, également invalidée par la justice électorale. Il a alors lancé un nouveau mouvement, « Evo Pueblo », censé porter sa voix hors du système, tout en appelant à la mobilisation populaire.
Mais ses appels trouvent de moins en moins d’écho. Sur les réseaux sociaux, les critiques se multiplient, y compris parmi ceux qui l’ont soutenu jadis. Beaucoup dénoncent un “manque d’autocritique”, une “incapacité à passer le relais” et une obsession à se maintenir dans l’arène politique à tout prix.
Evo Morales affirme qu’“sans son nom sur le bulletin, il n’y a pas d’élection”. Pourtant, les chiffres et les voix du peuple disent autre chose : l’ancien président ne fait plus l’unanimité, et sa présence divise davantage qu’elle ne rassemble. Derrière ses accusations de persécution se cache peut-être l’incapacité à accepter la fin d’un cycle. En Bolivie, une page semble se tourner — avec ou sans lui.
La Rédaction

