« Le Tchad a sa dignité » : les capitales africaines dénoncent une mesure unilatérale et discriminatoire
Le 4 juin 2025, Donald Trump a signé un décret interdisant l’entrée sur le sol américain à des ressortissants de 12 pays, dont sept africains. Une décision à effet immédiat qui suscite l’indignation de plusieurs États et de l’Union africaine.
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche n’aura pas tardé à raviver les tensions migratoires. À peine cinq mois après son investiture, le président américain a signé un nouveau décret d’interdiction d’entrée sur le territoire des États-Unis pour des ressortissants de douze pays. Parmi eux, sept sont africains : le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, la Libye, la Somalie et le Soudan.
Présentée comme une mesure de lutte contre le terrorisme et pour la sécurité nationale, cette interdiction – qui entre en vigueur dès le 9 juin – alimente un sentiment d’injustice et de stigmatisation sur le continent.
Tchad : riposte immédiate et indignation présidentielle
La réaction la plus ferme est venue de N’Djamena. Jeudi 5 juin, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a annoncé la suspension des visas pour les citoyens américains. Sur Facebook, il a déclaré :
« Le Tchad n’a ni des avions à offrir, ni des milliards de dollars à donner, mais le Tchad a sa dignité et sa fierté. »
Quelques heures plus tôt, son ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, exprimait déjà sa stupeur face à une décision qu’il juge injustifiée, rappelant l’engagement constant du Tchad dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.
Congo-Brazzaville : « Un malentendu »
À Brazzaville, l’étonnement est tout aussi vif. Le porte-parole du gouvernement congolais, Thierry Moungalla, a jugé que l’inclusion de la République du Congo dans la liste relevait probablement d’un malentendu diplomatique.
« Le Congo n’est pas un pays terroriste, n’abrite aucun terroriste, n’est pas connu pour avoir une vocation terroriste. »
Raisons officielles : sécurité, immigration et contrôle administratif
Outre les raisons sécuritaires, la Maison-Blanche invoque des arguments liés à la gestion des flux migratoires : dépassement fréquent de la durée des visas, défaillances administratives dans le contrôle des documents et des identités. Une rhétorique déjà utilisée lors du premier mandat de Trump et qui continue d’alimenter une politique migratoire ultra-restrictive.
Union africaine : appel au dialogue
Dans un communiqué diffusé jeudi 5 juin, la Commission de l’Union africaine a fait part de sa « préoccupation » face à la mesure. Elle craint un impact négatif sur :
- Les relations interpersonnelles
- Les échanges éducatifs
- Les échanges commerciaux
- Et plus largement, les liens diplomatiques tissés de longue date avec les États-Unis.
L’institution continentale appelle Washington à adopter une approche plus consultative et à engager un dialogue constructif avec les pays concernés.
Un isolement américain aux effets durables ?
Ce nouveau « travel ban » signe-t-il le retour d’un unilatéralisme agressif dans la diplomatie américaine ? À en croire les premières réactions africaines, la décision de Trump pourrait bien laisser des traces durables dans la relation transatlantique, à un moment où le continent s’ouvre de plus en plus vers d’autres partenaires internationaux – Chine, Russie, Turquie – moins contraignants en matière de visas et d’image.
La Rédaction

