Le Togo franchit un nouveau cap dans sa transition énergétique avec un appui décisif de la Banque africaine de développement (BAD). L’institution panafricaine injecte 26,5 millions d’euros pour financer une centrale solaire de 62 MWc à Sokodé, au cœur du pays. Ce montant, combinant un prêt direct de 18,5 millions et un financement concessionnel de 8 millions via le Fonds SEFA, s’inscrit dans un projet public-privé ambitieux d’un total de 61 millions d’euros.
Sokodé, future vitrine de l’énergie verte au Togo
Confiée à EDF, géant français de l’électricité, la réalisation de la centrale intègre non seulement l’installation de panneaux photovoltaïques, mais aussi la construction d’une ligne de transport de 11 kilomètres. L’objectif est clair : produire 87 GWh par an, soit la consommation annuelle de 140 000 personnes, et éviter l’émission de 13 600 tonnes de CO₂, l’équivalent de l’empreinte carbone de 3 000 voitures. Ce projet pourrait marquer un tournant pour un pays où près de la moitié de la population vit encore hors réseau.
Une ambition souveraine portée par la stratégie M300
La centrale s’inscrit dans le cadre du programme Togo M300, une feuille de route ambitieuse qui vise 200 MWc d’énergies renouvelables d’ici 2030. Pour Kevin Kariuki, vice-président de la BAD, ce n’est pas qu’un projet technique, mais un levier d’inclusion sociale et économique. Grâce à une stratégie d’appels d’offres compétitifs, le Togo affiche aujourd’hui l’un des coûts de production solaire les plus bas d’Afrique : 4,3 centimes d’euro par kilowattheure.
Une dynamique régionale, un modèle togolais différencié
Aux côtés de Proparco (groupe AFD), le Togo rejoint une dynamique continentale portée par le Maroc, le Sénégal ou le Kenya. Mais à la différence des projets pharaoniques de ces pays, Lomé privilégie des infrastructures de taille moyenne, pensées pour l’autonomie énergétique locale et l’accès décentralisé.
Former, maintenir, démocratiser : les clés de la réussite
Le défi ne se limite pas à la production. Pour que ce projet devienne un catalyseur de transformation, il faudra garantir la formation des techniciens, la maintenance sur le long terme et l’accessibilité des tarifs. Autant de conditions pour éviter que la transition ne reste l’affaire d’experts.
En misant sur Sokodé, le Togo ne se contente pas de produire de l’énergie : il expérimente un nouveau modèle énergétique, à la fois durable, inclusif et reproductible. Un pari audacieux qui pourrait inspirer ses voisins et redessiner les contours de la transition énergétique en Afrique de l’Ouest.
La Rédaction

