Au Togo, l’agriculture est un pilier essentiel de l’économie, représentant 18,5 % du PIB national et employant une grande partie de la population. Pourtant, ce secteur crucial est confronté à de nombreux défis : faible productivité due à l’irrigation manuelle, dépendance aux précipitations imprévisibles et impacts croissants du changement climatique. Les femmes, qui jouent un rôle central dans l’agriculture, sont particulièrement touchées. C’est dans ce contexte que l’ONG Électriciens sans frontières (ESF) intervient avec le projet SISAM 2 (Solution d’Irrigation Solaire Améliorée), une innovation qui révolutionne l’accès à l’eau et renforce l’autonomie des communautés rurales.
Un triple défi : Climat, eau et inégalités de genre
L’agriculture togolaise repose majoritairement sur l’autosubsistance, et les paysans peinent à irriguer leurs cultures efficacement. L’exhaure manuelle de l’eau, épuisante et chronophage, limite fortement la production. Le dérèglement climatique aggrave ces difficultés, avec des pluies de plus en plus irrégulières et une dégradation des ressources naturelles. Les femmes, souvent responsables de la collecte d’eau et du maraîchage, voient leurs conditions de vie se détériorer davantage.
SISAM 2 : Une solution solaire pour une irrigation durable
Le projet SISAM 2 d’ESF répond à ces enjeux en exploitant l’énergie solaire pour alimenter des pompes à eau. Ce système supprime la dépendance aux combustibles fossiles et au travail manuel, permettant une irrigation régulière, même dans les zones isolées. Des panneaux solaires produisent l’électricité nécessaire pour pomper l’eau (depuis les rivières, puits, etc.), qui est ensuite stockée dans des réservoirs pour être utilisée en période de sécheresse. Cette innovation accroît les rendements agricoles, réduit la pénibilité du travail des cultivateurs — notamment des femmes — et libère du temps pour diversifier les cultures et améliorer les revenus.
Des partenariats locaux pour un impact durable
Le succès de SISAM 2 repose sur une collaboration avec deux organisations togolaises :
• JARC (Jeunes Adultes et Ruraux Catholiques) : Active dans la région des Savanes, JARC apporte son expertise en développement agricole, accès à l’eau et autonomisation des femmes.
• ODIAE (Organisation pour le Développement et l’Incitation à l’Auto Emploi) : Présente dans la région des Plateaux, ODIAE se concentre sur la résilience climatique et le développement participatif.
Ces partenaires assurent l’adéquation du projet aux besoins locaux, forment les communautés à l’entretien des systèmes et promeuvent des pratiques agricoles durables, tout en impliquant activement les femmes et les jeunes.
Des résultats attendus : Plus d’autonomie et de résilience
SISAM 2 vise à bénéficier directement à 300 maraîchers, dont au moins 50 % de femmes et 40 % de jeunes. Grâce à l’irrigation solaire, ces agriculteurs pourront :
• Augmenter leur production : Cultiver toute l’année, sans dépendre des précipitations.
• Accroître leurs revenus : Récoltes plus abondantes et meilleure commercialisation.
• Améliorer leurs conditions de travail : Moins de pénibilité et un gain de temps précieux.
Indirectement, 100 000 personnes dépendant du maraîchage local bénéficieront d’une meilleure stabilité des approvisionnements alimentaires et de retombées économiques positives. D’ici 2025, ESF ambitionne de faire de SISAM 2 un modèle reproductible d’irrigation solaire en Afrique de l’Ouest, aligné sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) : lutte contre la pauvreté, sécurité alimentaire, égalité des sexes, accès à une énergie propre et résilience climatique.
Un modèle pour l’avenir
SISAM 2 illustre comment les énergies renouvelables peuvent transformer l’agriculture et favoriser le développement rural. En alliant innovation technologique et ancrage local, ESF et ses partenaires offrent aux communautés rurales les moyens d’atténuer les effets du changement climatique tout en renforçant leur autonomie économique — en particulier celle des femmes. Alors que les agriculteurs togolais adoptent cette révolution solaire, le projet ouvre la voie à un modèle reproductible, capable de renforcer la résilience des communautés vulnérables. Une preuve que des solutions durables peuvent faire germer l’espoir, même dans les régions les plus isolées.
La Rédaction

