Dans les villages reculés du Togo, les femmes jouent un rôle central dans la vie communautaire et l’amélioration des conditions sociales, malgré un contexte marqué par des normes patriarcales solidement ancrées.
Une contribution invisible mais indispensable
Dans la région septentrionale de la Kara, des centaines de kilomètres séparent parfois les villages des infrastructures de base. Le manque d’accès facile aux routes, aux services de santé et aux écoles pèse lourdement sur la vie quotidienne. C’est pourtant dans ces territoires éloignés que les femmes, en majorité agricultrices, assurent la survie de leurs familles et, par extension, le fonctionnement des villages. Au-delà des tâches domestiques, elles endossent souvent la responsabilité de relais sanitaires, éducatifs et sociaux. Ces agentes de santé communautaire (ASC) jouent un rôle crucial dans la prévention, la sensibilisation et le suivi des soins, mais doivent concilier cet engagement avec leurs lourdes charges familiales.
Freins socio-culturels et économiques persistants
Si les femmes représentent plus de la moitié de la population togolaise, leur accès à l’éducation et aux ressources demeure largement limité. Le taux d’analphabétisme féminin dépasse largement celui des hommes, freinant leur participation active et autonome dans la vie économique et politique locale. L’agriculture de subsistance, domaine féminin majoritaire, reste pourtant précarisée par l’absence d’accès à la terre : seulement 15 % des femmes détiennent des titres fonciers, les rendant tributaires des décisions masculines. Cette dépendance se double souvent de violences économiques et physiques, sous-estimées et peu combattues.
Témoignage d’une femme leader au cœur des défis
À Bassar, Sarakawahalou Awilia illustre ce combat quotidien. Représentante des agentes de santé communautaire dans son canton, elle gère les soins pour plus de 450 ménages. Son travail a permis de réduire drastiquement les décès infantiles et les accouchements non assistés. Mais à la maison, la réalité est moins rose : son salaire est source de conflits conjugaux et de menaces. La pression exercée par son mari, exigeant une part de ses revenus et recourant à la violence, révèle les résistances patriarcales auxquelles elle fait face. Malgré l’accompagnement des ONG et autorités, cette situation expose les limites du soutien institutionnel dans un contexte culturel parfois hostile.
Cadre légal et initiatives pour renforcer les droits
Le Togo a mis en place des textes législatifs visant à protéger les femmes, notamment dans les domaines du mariage, du travail, et contre les violences. Le Code des personnes et de la famille ainsi que le Code pénal instaurent des protections contre les abus et violences basées sur le genre, avec des peines significatives en cas d’infraction. Par ailleurs, des associations comme Wildaf-Togo et l’AFTNU œuvrent pour la sensibilisation, l’autonomisation économique et la lutte contre les mariages précoces.
Des efforts indispensables mais encore insuffisants
Malgré ce cadre légal, l’ignorance des droits, le manque d’accès aux services de soutien et les résistances socioculturelles limitent l’impact des lois. Le défi reste donc d’intensifier les campagnes d’information et de renforcer les dispositifs d’accompagnement pour que les femmes, à l’instar de Sarakawahalou, puissent pleinement exercer leurs droits et contribuer durablement au développement local.
La Rédaction

