Renvoyée des États-Unis vers le Ghana avant d’être reconduite au Togo, une migrante ouest-africaine relance les critiques sur les expulsions indirectes et les mécanismes de coopération migratoire impliquant des pays tiers.
Une chaîne d’expulsion au cœur des controverses migratoires américaines
Le parcours d’une ressortissante togolaise de 28 ans, aujourd’hui revenue au Togo après une expulsion en cascade via le Ghana, alimente de nouvelles interrogations sur les pratiques migratoires des États-Unis et leurs dispositifs de coopération avec des pays tiers.
Selon des informations rapportées par le The Washington Post et relayées par Courrier international, la jeune femme bénéficiait pourtant d’une décision judiciaire suspendant son renvoi vers le Togo, en raison de risques de persécutions liés à des violences familiales et à la crainte de pratiques traditionnelles interdites dans son pays d’origine, notamment l’excision, qu’elle affirme avoir fui avant son départ.
Un parcours migratoire marqué par la fuite et la détention
Originaire du Togo, elle aurait quitté le pays en 2024 dans un contexte de violences intrafamiliales et de menaces liées à des pratiques traditionnelles qu’elle décrit comme persistantes malgré leur interdiction légale.
Son itinéraire migratoire l’a conduite à travers plusieurs pays d’Amérique latine, dont le Brésil, avant de rejoindre la zone du Darién, corridor migratoire particulièrement dangereux reliant la Colombie au Panama.
Arrivée à la frontière sud des États-Unis au début de l’année 2025, elle est interpellée par les services américains de l’immigration puis placée en détention pendant plusieurs mois en Arizona.
Malgré le rejet initial de sa demande d’asile, une juridiction américaine avait finalement suspendu son expulsion vers le Togo, estimant que les éléments présentés justifiaient une protection contre un retour forcé.
Le Ghana au centre des dispositifs de transferts migratoires
L’affaire intervient dans un contexte de coopération migratoire renforcée entre Washington et Accra, formalisée en 2025, qui prévoit l’accueil par le Ghana de ressortissants étrangers expulsés des États-Unis dans le cadre de dispositifs de gestion régionale des expulsions.
Plusieurs organisations de défense des droits des migrants estiment que ces mécanismes contribuent à externaliser une partie du traitement des demandes migratoires, en transférant des personnes vers des pays tiers avant leur éventuel renvoi vers leur pays d’origine.
Dans le cas présent, la ressortissante togolaise aurait été détenue au Ghana pendant environ deux semaines dans des conditions décrites comme dégradées, avant d’être reconduite vers le Togo.
Des interrogations sur le respect du droit international
Les critiques portent notamment sur la Convention contre la torture, ratifiée par les États-Unis et le Ghana, qui interdit le renvoi d’une personne vers un pays où elle risque d’être exposée à des traitements inhumains, à la torture ou à des persécutions.
Des juristes et organisations de défense des droits humains estiment que les expulsions en chaîne peuvent fragiliser les protections judiciaires accordées aux demandeurs d’asile, en particulier lorsque des pays tiers interviennent dans le processus.
Aujourd’hui revenue au Togo, la jeune femme affirme vivre dans la discrétion par crainte pour sa sécurité, selon les éléments rapportés par la presse américaine.
Cette affaire s’inscrit dans un débat plus large sur l’externalisation des politiques migratoires et sur les limites juridiques des accords conclus entre États dans la gestion des flux migratoires internationaux.
La Rédaction

