Porter la production nationale de sésame à 100 000 tonnes d’ici 2030 constitue une ambition majeure pour la filière togolaise. Mais derrière cet objectif se pose une question plus déterminante : comment faire bénéficier davantage les producteurs et les entreprises locales de la valeur de cette culture largement destinée à l’exportation ? La création d’une interprofession, à Lomé, marque une tentative de réorganisation d’un secteur encore confronté aux déséquilibres commerciaux et à la faiblesse de sa transformation.
Des producteurs qui maîtrisent mal leurs prix
Dans les principaux bassins agricoles du pays, notamment dans les régions des Savanes et de la Kara, le sésame représente une culture commerciale aux débouchés internationaux. Pourtant, les conditions de vente restent souvent défavorables aux producteurs.
Un diagnostic du ministère de l’Agriculture relevait déjà l’absence d’un système officiel d’information sur les prix, la faiblesse des organisations professionnelles et le poids des intermédiaires dans les transactions.
La nouvelle interprofession, présidée par Anikpa-Matty Yawo, entend précisément agir sur ces difficultés. Constituée le 28 octobre, elle réunit les différents maillons du secteur pour améliorer la coordination, les contrôles de qualité et les mécanismes de commercialisation.
La transformation, principal potentiel inexploité
La filière présente une autre faiblesse structurelle : l’essentiel des graines commercialisées à l’international quitte le pays sans transformation significative.
Selon des données sectorielles récemment publiées, seules 2 000 à 3 000 tonnes seraient actuellement transformées chaque année, principalement par de petites unités.
Développer le nettoyage industriel, le décorticage et la fabrication de produits dérivés permettrait de diversifier les activités économiques et de créer davantage de valeur sur le territoire.
Cette orientation figurait déjà dans le plan national d’investissement 2024-2028, évalué à 17,3 milliards de FCFA, dont le financement effectif reste à documenter.
L’ambition des 100 000 tonnes à concrétiser
La nouvelle interprofession estime la production actuelle à environ 35 000 tonnes par an et vise 100 000 tonnes à l’horizon 2030.
Cette progression suppose des gains importants de productivité, un meilleur accès aux semences et des investissements dans la collecte et la transformation. Elle exige également des statistiques consolidées pour mesurer les résultats.
La réussite de cette réorganisation ne se jugera donc pas seulement aux volumes récoltés, mais à la part de richesse que les producteurs et les entreprises togolaises parviendront réellement à conserver.
La Rédaction

