Alors que les régions des Savanes et de la Kara, au nord du Togo, enregistrent des avancées législatives en matière de décentralisation, leur passage à une autonomie effective demeure laborieux. Si les conseils régionaux sont désormais en place, leur incapacité à finaliser un budget inaugural ou à maîtriser les procédures d’achat public met en lumière un paradoxe inquiétant : des institutions existent, mais peinent à fonctionner pleinement. Pour surmonter cet écueil, la priorité se déplace désormais vers la formation des acteurs locaux, perçue comme la clé d’une gouvernance décentralisée efficace.
Un fossé entre textes et terrain
Malgré un cadre juridique consolidé, les élus locaux peinent à exercer leurs nouvelles responsabilités. La complexité des mécanismes de passation des marchés, les zones grises entre administrations centrales et décentralisées, ainsi qu’un déficit manifeste de compétences techniques, freinent la mise en œuvre des projets. « La décentralisation ne se décrète pas, elle s’apprend », rappelle Dodzi Komi Denyo, directeur général de l’Agence nationale de formation des collectivités territoriales (ANFCT).
Former pour transformer : l’urgence d’un renforcement des compétences
Pour accélérer cette transition, l’ANFCT, en partenariat avec le Programme de modernisation de l’administration publique (PMAP) et la Banque mondiale, a lancé un programme de formation ciblé. Au cœur du dispositif : des modules pratiques consacrés à la gestion budgétaire, à l’élaboration de plans de passation, à la rédaction d’appels d’offres et à l’évaluation des acquisitions. Objectif : doter les élus des outils nécessaires pour transformer la commande publique en levier de développement économique local.
« Une commande publique bien pilotée peut créer de l’emploi, stimuler les PME locales et améliorer l’accès aux services de base », souligne un expert du PMAP. Les formations insistent sur la transparence et l’efficacité afin que chaque investissement réponde aux priorités des populations tout en garantissant une gestion responsable des ressources.
Réinventer les relations entre l’État et les collectivités
Au-delà des aspects techniques, ces formations visent à redéfinir les rapports entre l’État et les régions. Comment articuler tutelle administrative et autonomie décisionnelle ? Comment mutualiser efficacement les ressources humaines et financières ? Autant de questions abordées lors d’ateliers collaboratifs, pensés pour instaurer une culture de redevabilité et de planification stratégique.
Un levier pour l’équité territoriale
Dans un contexte marqué par de profondes disparités territoriales, professionnaliser les conseils régionaux devient une exigence. Les régions des Savanes et de la Kara, longtemps marginalisées, pourraient ainsi mieux capter les ressources nationales et devenir des moteurs de développement. « L’objectif est de faire des collectivités des partenaires crédibles, capables de porter des projets structurants », insiste un formateur de l’ANFCT.
De la formation à l’action : la prochaine étape
Si les effets concrets de ces formations restent à mesurer, elles incarnent une prise de conscience : sans un réel renforcement des compétences locales, la décentralisation risque de rester lettre morte. La suite logique ? L’adoption rapide des budgets régionaux et le lancement d’appels d’offres alignés sur les priorités identifiées par les communautés.
En misant sur l’expertise plutôt que sur un transfert mécanique de responsabilités, le Togo esquisse un modèle pragmatique de gouvernance locale. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres pays africains confrontés aux mêmes défis.
La Rédaction

