Alors que le Togo se prépare pour les élections municipales prévues en 2025, la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) adopte une position claire : participer à ces scrutins locaux, malgré son opposition ouverte à la réforme constitutionnelle qui instaurera une Ve République en avril 2024. Dans un contexte politique marqué par de vives tensions sur la légitimité des institutions, ce regroupement politique cherche à concilier contestation nationale et ancrage territorial.
Renforcer la gouvernance locale : un impératif pour la DMP
Dans une intervention sur les ondes de Victoire FM, Gérard Adja, figure de proue de la DMP et ancien vice-président du Mouvement des Peuples pour la Démocratie et le Développement (MPDD), a réaffirmé l’importance de ces élections. « Les municipales ne sont pas un simple exercice technique. Elles incarnent la base de la démocratie participative et permettent aux citoyens de s’approprier leur développement », a-t-il souligné. Selon lui, ces scrutins sont juridiquement inscrits dans la Constitution de 1992, mais aussi dans celle de 2024, malgré les controverses autour de son adoption par l’Assemblée nationale.
La DMP met en avant la loi n°2019-006 du 26 juin 2019, révisant le cadre de la décentralisation, pour justifier son engagement. Ce texte, qui renforce l’autonomie financière et décisionnelle des communes et régions, est perçu comme un levier essentiel pour « une administration proche des réalités quotidiennes des Togolais ». Le parti insiste particulièrement sur l’article 3 de cette loi, qui garantit aux collectivités territoriales un rôle prépondérant dans la gestion des services publics locaux, indépendamment des turbulences politiques nationales.
Un boycott sélectif : entre contestation et pragmatisme
Cette position contraste avec le boycott des sénatoriales de février 2025 par la DMP, un acte de protestation contre la création du Sénat, perçu comme une manœuvre visant à consolider le pouvoir exécutif. Cependant, le parti semble adopter ici une stratégie tactique. « Les élections locales relèvent d’une logique différente : il s’agit de servir les populations, pas de valider un système contesté », explique Adja. Une approche qui permet à la DMP de maintenir une présence sur le terrain tout en dénonçant la légitimité de la Ve République.
Un paysage institutionnel fragmenté
La nouvelle Constitution, qui instaure un Parlement bicaméral, complexifie la relation entre les échelons locaux et nationaux. Bien que le gouvernement prône une « décentralisation apolitique », des analystes soulignent les risques de chevauchements entre les prérogatives des maires, des gouverneurs de région et du Sénat. Pour la DMP, cette réforme ne doit pas occulter l’urgence de renforcer les communes en termes de moyens humains et financiers, d’autant que 60 % des municipalités togolaises peinent à assurer des services de base.
Enjeux et perspectives
La participation de la DMP aux élections locales pourrait reconfigurer les rapports de force territoriaux, notamment dans ses bastions historiques comme la région Maritime. Cependant, cette démarche suscite des interrogations : certains observateurs y voient une tentative de récupération politique, tandis que d’autres saluent un retour à l’essence même de la démocratie locale.
Dans un pays où les élections sont régulièrement critiquées pour leur manque de transparence, la crédibilité du processus de 2025 sera scrutée de près. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) devra notamment trancher sur l’application du code électoral révisé en 2023, qui introduit des modalités de vote électronique expérimental.
En défendant une participation « utile et non alignée », la DMP tente de naviguer entre opposition et construction d’alternatives locales. Reste à savoir si cette approche suffira à infléchir les dynamiques nationales dans un Togo où le débat sur la légitimité constitutionnelle reste largement ouvert. Les prochains mois révéleront si les élections locales peuvent véritablement devenir un espace de renouveau démocratique ou un reflet des fractures persistantes.
La Rédaction

