Après plus d’une décennie de tensions et de rébellions intermittentes, le gouvernement tchadien et le Comité d’autodéfense de Miski viennent de conclure un nouvel accord de paix. Une tentative de tourner la page sur un conflit enraciné dans la lutte pour le contrôle des ressources aurifères du Tibesti.
C’est une région désertique, montagneuse, longtemps négligée et pourtant convoitée : le Tibesti, au nord du Tchad, semble aujourd’hui à l’aube d’un apaisement tant attendu. Après plusieurs échecs de dialogue et d’accords non appliqués, les autorités tchadiennes et le Comité d’autodéfense de Miski ont signé un nouvel accord de paix, sous l’égide du médiateur de la République, Saleh Kebzabo.
L’accord accorde une amnistie générale aux combattants des deux camps ayant pris part aux affrontements de 2019 à 2020, et surtout, suspend toutes les activités minières autour de Miski. Tous les permis d’exploitation sont désormais annulés, en attendant une cartographie complète des ressources.
Un vieux conflit enraciné dans l’or
Le Comité d’autodéfense de Miski, principalement issu de la communauté toubou, est né en 2013 pour s’opposer à l’orpaillage sauvage dans cette région enclavée. Initialement composés de groupes villageois appelés wangada, ces comités ont peu à peu évolué en force armée. Leur combat : dénoncer la mainmise de l’État central sur les ressources aurifères du Tibesti, tout en excluant les communautés locales de la manne économique.
En 2018, le climat s’envenime. Le gouvernement décide de redessiner les frontières administratives du nord, attisant les tensions. La militarisation croissante de la zone finit par faire basculer la contestation dans la violence.
Des accords sans lendemain
Ce n’est pas la première fois qu’un accord est signé. En 2019, l’ancien président Idriss Deby Itno s’était engagé à pacifier la zone. Mais le texte reste lettre morte. Même échec en janvier 2023, sous le maréchal Mahamat Idriss Deby Itno. À chaque fois, le non-respect des engagements et l’absence de mesures concrètes ont ravivé la méfiance.
Cette fois-ci, les dirigeants du Comité d’autodéfense se veulent optimistes mais prudents. « Nous sommes déterminés à négocier au lieu de recourir à la violence », a affirmé Djimet Chava, leur président, en appelant au respect strict des engagements pris de part et d’autre.
La fin d’une marginalisation ?
Longtemps marginalisées, les populations du Tibesti espèrent que ce nouvel accord sera le début d’une reconnaissance réelle de leurs droits. En suspendant l’exploitation des mines et en promettant des études préalables, le gouvernement tente de désamorcer une poudrière sociale et identitaire.
Mais dans un pays où les engagements politiques sont souvent perçus comme éphémères, seule une mise en œuvre rapide et transparente pourra faire renaître la confiance. Le Tibesti, épicentre d’un conflit oublié, pourrait bien devenir un symbole de résilience nationale… à condition que les promesses cessent d’être des mirages.
La Rédaction

