Le Tchad a officiellement engagé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI), accusant l’institution d’appliquer une justice « à géométrie variable » ciblant principalement les États africains. Cette décision, qui sera effective dans un an, s’inscrit dans une contestation grandissante de la juridiction par plusieurs pays du continent.
Une rupture motivée par un sentiment de partialité
En notifiant son retrait du Statut de Rome au secrétaire général des Nations unies, le gouvernement tchadien affirme tirer les conséquences d’un examen approfondi du fonctionnement de la CPI.
Selon N’Djamena, les statistiques de la Cour révèlent une concentration excessive de ses enquêtes sur l’Afrique. Les autorités rappellent que neuf des treize enquêtes ouvertes depuis la création de la juridiction concernent des États africains, alimentant, selon elles, l’image d’une justice sélective et politiquement influencée.
Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, estime que la Cour protège certains États tout en faisant du continent africain sa principale cible.
Un retrait dans un contexte régional particulier
Le retrait tchadien ne prendra effet qu’au terme du délai d’un an prévu par le Statut de Rome. D’ici là, le pays demeure tenu de coopérer avec la CPI, avec laquelle il entretenait jusqu’ici des relations étroites, notamment dans les enquêtes sur les crimes commis au Darfour.
Cette décision intervient quelques semaines après celles du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ont également choisi de quitter la juridiction. N’Djamena invite désormais l’Union africaine à réfléchir à l’avenir du système de justice pénale internationale.
Les défenseurs des droits humains s’inquiètent
Cette annonce suscite toutefois de vives inquiétudes chez plusieurs organisations de défense des droits humains. L’avocat Vincent Brengarth, qui avait saisi la CPI après la répression des manifestations du 20 octobre 2022 au Tchad, estime que ce retrait pourrait réduire les perspectives de justice pour les victimes.
La décision intervient également alors que des ONG accusent le Tchad de soutenir les Forces de soutien rapide du général Hemedti dans le conflit soudanais, des accusations que les autorités tchadiennes contestent.
Au-delà du cas tchadien, cette décision relance un débat ancien entre ceux qui dénoncent une justice internationale déséquilibrée et ceux qui considèrent la CPI comme un instrument indispensable dans la lutte contre l’impunité lorsque les juridictions nationales ne peuvent agir.
La Rédaction

