Au Tchad, les violences basées sur le genre restent profondément enracinées dans les pratiques sociales et les représentations culturelles. Malgré des chiffres alarmants et des efforts institutionnels, la tolérance sociale et la faiblesse du recours à la justice entretiennent un cycle de reproduction des violences faites aux femmes.
Au Tchad, les violences basées sur le genre (VBG) s’imposent comme un enjeu majeur de santé publique et de droits humains. Les données de l’Enquête Démographique et de Santé 2014-2015 révèlent qu’environ trois femmes sur dix ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans, tandis que plus de deux sur dix déclarent avoir été victimes de violences sexuelles. À ces réalités s’ajoute une autre dimension structurelle : la prévalence du mariage des enfants, qui concerne près des deux tiers des filles avant 18 ans, selon les estimations des agences onusiennes.
Une violence socialement normalisée
Au-delà des chiffres, le phénomène s’ancre dans un système de représentations sociales où certaines formes de violence conjugale demeurent partiellement légitimées. Une partie significative de la population considère encore ces pratiques comme relevant de l’ordre domestique, voire de la régulation familiale.
Les enquêtes d’opinion montrent un paradoxe persistant : si une majorité de Tchadiens reconnaît l’existence de ces violences dans leur environnement immédiat, plus de la moitié estime qu’elles peuvent être, dans certains cas, justifiées. Cette ambivalence reflète la persistance de normes patriarcales profondément intégrées dans le tissu social.
Des violences diffuses et multiformes
Les violences basées sur le genre ne se limitent pas à la sphère conjugale. Elles se manifestent également dans les espaces publics, scolaires et professionnels. Harcèlement sexuel, discriminations et pressions sociales affectent particulièrement les femmes et les jeunes filles, notamment dans les établissements d’enseignement.
Dans les zones rurales, la situation est aggravée par la faiblesse de l’accès aux services publics, la précarité économique et un niveau de sensibilisation limité aux droits fondamentaux. Ces facteurs renforcent l’exposition des femmes à des formes multiples de vulnérabilité.
Le faible recours à la justice
Le recours aux institutions judiciaires demeure marginal. La majorité des victimes ne porte pas plainte, en raison d’un ensemble de contraintes sociales et structurelles : peur des représailles, pression familiale, dépendance économique et préférence pour les règlements communautaires.
Dans de nombreux cas, les mécanismes coutumiers prennent le pas sur les dispositifs juridiques formels, limitant ainsi la portée des recours judiciaires et renforçant le sentiment d’impunité.
Des réponses institutionnelles encore limitées
Face à cette situation, les autorités tchadiennes ont engagé plusieurs initiatives, avec le soutien de partenaires internationaux. Des centres d’accueil pour survivantes de violences ont été mis en place, des campagnes de sensibilisation sont régulièrement organisées et certains acteurs communautaires, notamment religieux et traditionnels, sont progressivement associés aux efforts de prévention.
Cependant, ces dispositifs restent fragmentés et insuffisamment dotés pour produire un impact structurel à grande échelle.
Une transformation sociale encore inachevée
La lutte contre les violences basées sur le genre au Tchad dépasse le cadre strictement institutionnel. Elle implique une transformation profonde des normes sociales, un renforcement de l’accès à l’éducation des filles et une application plus effective du cadre juridique existant.
Sans cette évolution systémique, les violences conjugales et les discriminations de genre continueront de s’inscrire durablement dans le quotidien social.
La Rédaction

