Plus de 600 morts ou blessés en quelques mois, dont des dizaines d’enfants. Depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024, les mines terrestres et les restes explosifs de guerre refont parler d’eux, avec une brutalité renouvelée. Le chiffre est glaçant, mais le phénomène, lui, s’explique tristement : les Syriens rentrent chez eux, souvent pour la première fois depuis plus d’une décennie. Et ils marchent sur des pièges oubliés, enfouis dans leurs champs, leurs rues, leurs maisons.
Des vies fauchées en terrain libéré
Nidal Ahmad, amputé après avoir marché sur une mine dans son oliveraie. Raneem, mère endeuillée par l’explosion d’une arme ramassée par son fils. Fahad, enseignant devenu démineur bénévole, tué en tentant de nettoyer des terres agricoles. Ces visages, ces noms, racontent un drame que les statistiques ne suffisent pas à décrire. Derrière chaque explosion, il y a une histoire, une famille, une tentative de recommencer.
Selon Human Rights Watch, la recrudescence récente des victimes est directement liée à l’augmentation des déplacements de retour. Les civils regagnent des zones désormais accessibles, mais encore infestées d’armes piégées. L’ancien gouvernement syrien, les groupes armés d’opposition et leurs alliés ont laissé derrière eux une traînée explosive à travers le pays. Depuis la fin de la guerre, la Syrie ne compte plus ses zones mortes, rendues inhabitables par des décennies d’engins meurtriers.
Un État trop lent face à l’urgence
Malgré la situation, les victimes interrogées font état d’un vide inquiétant. Aucune campagne nationale de sensibilisation, aucun numéro pour signaler les engins suspects, aucun appui systématique aux blessés ou aux familles endeuillées. En l’absence d’un centre national de déminage, les ONG travaillent en ordre dispersé. Les démineurs volontaires, souvent mal équipés et non protégés, paient eux aussi un lourd tribut.
Le gouvernement de transition, soutenu par la communauté internationale, est sommé de réagir. La création d’une autorité civile de lutte antimines, en lien avec les Nations Unies, est une priorité vitale. Le recensement des zones contaminées, la mise en place d’alertes locales, la coordination des équipes et un soutien réel aux victimes sont les premiers jalons d’une réponse à la hauteur.
Reconstruire, mais sans marcher sur des morts
L’enjeu dépasse la seule sécurité physique. Il touche à la reconstruction, à la reprise de l’agriculture, à l’accès au logement, à l’école, à la santé. Il touche à la mémoire et à la dignité. Vivre sur des terres truffées de mines, c’est être condamné à la peur, à la perte, au deuil permanent. Et quand une bombe tue un enfant dans sa chambre ou un paysan sur son champ, ce n’est pas le passé qui revient : c’est la guerre qui n’a jamais fini.
Human Rights Watch appelle les donateurs à financer en urgence les campagnes de déminage, à indemniser les familles touchées et à inonder les médias syriens de messages de prévention. Car prévenir, c’est déjà protéger. Et dans un pays en ruines, protéger, c’est peut-être le premier pas vers une paix réelle.
La Rédaction

