Le torchage de gaz naturel atteint des niveaux records en 2024, compromettant les efforts mondiaux pour le climat, l’accès à l’énergie et la sécurité énergétique. Décryptage d’une pratique méconnue mais aux conséquences planétaires.
C’est quoi le torchage du gaz ?
Le torchage, ou flaring en anglais, est une pratique industrielle qui consiste à brûler du gaz naturel directement sur les sites d’extraction pétrolière. Ce gaz est un sous-produit de la production de pétrole. Lorsqu’aucune infrastructure ne permet de le capter, de le stocker ou de l’acheminer, il est simplement brûlé en plein air par une flamme appelée torchère. Cette opération, souvent utilisée pour des raisons de sécurité ou par absence de valorisation économique du gaz, entraîne un énorme gaspillage énergétique et une pollution atmosphérique importante. Si elle peut paraître anodine sur un seul site, elle devient problématique à l’échelle planétaire.
151 milliards de mètres cubes de gaz brûlés en 2024… pour rien
Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, publié le 18 juillet 2025, le torchage mondial de gaz naturel a atteint 151 milliards de mètres cubes en 2024. C’est 3 milliards de plus qu’en 2023, et le niveau le plus élevé depuis 2007. Ce volume est équivalent à la consommation annuelle de gaz de tout le continent africain. La valeur de cette énergie gâchée est estimée à 63 milliards de dollars. Mais les conséquences les plus alarmantes concernent le climat : 389 millions de tonnes de CO₂ ont été relâchées dans l’atmosphère, dont 46 millions sous forme de méthane, un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le dioxyde de carbone sur le court terme. Pour Demetrios Papathanasiou, directeur du pôle Énergie à la Banque mondiale, il est inadmissible de continuer à gaspiller une ressource aussi précieuse alors qu’un milliard de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à une énergie fiable.
Neuf pays responsables de 75 % du torchage mondial
Le phénomène est loin d’être universel. Neuf pays seulement sont responsables à eux seuls de 75 % du volume total de gaz torché, alors qu’ils représentent moins de la moitié de la production pétrolière mondiale. L’intensité du torchage, c’est-à-dire la quantité de gaz brûlé par baril de pétrole extrait, reste très élevée depuis quinze ans, sans amélioration significative. Cette concentration géographique du problème souligne le rôle central que doivent jouer certains États dans la lutte contre le torchage de routine, et révèle l’écart entre les discours climatiques et les pratiques sur le terrain.
Des progrès là où les engagements sont pris
Le rapport montre que les pays qui ont officiellement rejoint l’initiative « Zero Routine Flaring by 2030 » enregistrent des progrès notables. Depuis 2012, ces États ont réduit en moyenne de 12 % leur intensité de torchage. À l’inverse, dans les pays non engagés, cette intensité a augmenté de 25 % sur la même période. Cet écart démontre que des politiques publiques cohérentes et des objectifs clairs permettent de réduire significativement cette pratique polluante. L’initiative ZRF, portée par la Banque mondiale, constitue aujourd’hui un repère structurant pour les pays producteurs de pétrole.
Des solutions existent, mais elles nécessitent volonté politique et financement
Face à l’urgence climatique, des solutions techniques sont disponibles et éprouvées. Le Partenariat mondial pour la réduction du torchage et du méthane (GFMR), placé sous l’égide de la Banque mondiale, finance des projets pilotes et appuie les gouvernements pour réformer leurs politiques énergétiques. En Ouzbékistan, par exemple, un investissement de 11 millions de dollars a permis de détecter et réparer des fuites de méthane dans les infrastructures gazières, entraînant une réduction immédiate de 9 000 tonnes d’émissions annuelles. L’objectif est d’atteindre à terme une baisse de 100 000 tonnes par an. Pour Zubin Bamji, qui dirige le GFMR, la réduction du torchage ne doit plus être perçue comme une option, mais comme une priorité stratégique. Le gaz aujourd’hui perdu pourrait servir à alimenter des foyers, des industries ou des transports, tout en créant des emplois et en générant des revenus durables.
Observer le torchage depuis l’espace
Les données du rapport s’appuient sur des observations satellitaires de haute précision. Depuis 2012, un satellite équipé de capteurs infrarouges scrute la planète pour détecter les flammes produites par les torchères, de jour comme de nuit. Ce système a été mis en place grâce à un partenariat entre la Banque mondiale, le Payne Institute de la Colorado School of Mines, et la NOAA, l’agence américaine chargée de l’étude de l’atmosphère et des océans. Ce suivi satellitaire est aujourd’hui indispensable pour mesurer les progrès, identifier les zones critiques et orienter les politiques publiques sur des bases fiables et transparentes.
La Rédaction

