L’apparition récente de nouvelles coupures de livre soudanaise à Nyala, chef-lieu du Darfour-Sud, marque un tournant critique dans la crise soudanaise. Selon des informations rapportées par l’agence Reuters, ces billets circulent dans les territoires contrôlés par les Forces de soutien rapide (FSR), qui ont établi à Nyala le siège de leur administration parallèle, connue sous le nom d’alliance Ta’sis. Cette initiative monétaire, adossée à la mise en place d’une banque centrale, d’une police et d’un appareil administratif propres, matérialise une fragmentation de fait de l’autorité étatique.
Depuis un an, l’administration installée à Nyala tente de consolider son contrôle sur les vastes zones du Darfour et du Kordofan. Elle assure désormais le paiement des salaires des combattants des FSR ainsi que la rémunération des fonctionnaires opérant sous son autorité.
Sur le plan matériel, les nouvelles coupures présentent une ressemblance quasi totale avec les billets en circulation avant le déclenchement du conflit. Si leur origine exacte n’a pas été officiellement établie, elles portent toutefois la signature de Hussein Yahia Jangoul, ancien gouverneur de la Banque centrale du Soudan avant la guerre. Ce dernier a été nommé à la tête de la nouvelle autorité monétaire de l’alliance Ta’sis peu avant l’introduction de ces liquidités.
Le chef de l’exécutif de Ta’sis, Mohamed Hassan al-Taishi, a indiqué que les autorités locales continuent de reconnaître la validité des billets émis avant juin 2024, sans commenter l’origine des nouvelles coupures. Selon lui, ces mesures visent à préserver la stabilité économique et à répondre aux besoins des populations et des marchés.
Cette évolution intervient dans un contexte d’effondrement marqué de la monnaie nationale. Ces dernières semaines, la livre soudanaise a dépassé le seuil des 5 000 livres pour un dollar, contre moins de 600 avant le conflit.
La question de la souveraineté monétaire constitue un point de rupture majeur depuis 2024. À cette période, les autorités militaires basées à Port-Soudan avaient procédé à une nouvelle émission de billets de 500 et 1 000 livres et déclaré invalides les anciennes séries, provoquant une crise de liquidité dans les zones sous contrôle des FSR.
La Rédaction

