Une capitale en ruines, mais pas sans avenir
Le Premier ministre soudanais, Kamel Idris, a effectué ce samedi une visite historique dans Khartoum, marquant son premier déplacement dans la capitale depuis sa prise de fonctions en mai dernier. Cette visite intervient alors que Khartoum, dévastée par plus de deux années de guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR), reste largement désertée par ses habitants.
Malgré les stigmates encore visibles du conflit, M. Idris s’est engagé à reconstruire la capitale. Depuis l’aéroport détruit jusqu’au siège de l’armée, il a annoncé une série de projets de réhabilitation, affirmant que « Khartoum redeviendra une capitale nationale fière », selon l’agence officielle SUNA.
Deux ans de guerre, des millions de déplacés
Déclenché en avril 2023, le conflit a plongé le pays dans l’une des pires crises humanitaires actuelles. Selon l’ONU, plus de 3,5 millions de personnes ont fui Khartoum, et près de 25 millions sont désormais en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Le Soudan, classé 162e sur 163 dans l’Indice mondial de la paix 2025, est aujourd’hui l’un des pays les plus instables de la planète.
Les affrontements entre les troupes régulières du général Abdel Fattah al-Burhane et les paramilitaires de Mohamed Hamdan Dagalo ont entraîné des milliers de morts, des destructions massives et le déplacement forcé de plus de 10 millions de personnes à travers le pays.
Une reconstruction ambitieuse mais semée d’embûches
Bien que le gouvernement soit encore basé à Port-Soudan, la reconquête des sites stratégiques comme l’aéroport et le palais présidentiel permet désormais d’envisager le retour progressif des institutions. Des opérations de nettoyage, de sécurisation des engins explosifs non désamorcés et de réinhumation des corps sont en cours.
Lors de sa visite à la raffinerie d’al-Jaili, au nord de Khartoum, aujourd’hui à l’arrêt, M. Idris a estimé que sa remise en service nécessitera plus de 1,3 milliard de dollars et plusieurs années de travaux. Autrefois capable de traiter 100.000 barils de brut par jour, cette infrastructure est aujourd’hui emblématique de l’effondrement économique du pays.
Le défi d’un « gouvernement de l’espoir »
Diplomate chevronné et ancien cadre de l’ONU, Kamel Idris a été nommé en mai 2025 par le général Burhane pour former ce que les autorités appellent un « gouvernement de l’espoir ». Malgré les violences toujours actives dans le Kordofan-Sud et au Darfour-Ouest, où les FSR sont accusées de massacres de civils, le pouvoir central tente de poser les premières pierres d’un retour à la stabilité.
La reconstruction de Khartoum est donc autant un symbole politique qu’un défi logistique titanesque. Pour nombre d’observateurs, le retour des services de base et des populations dépendra d’un véritable cessez-le-feu national et d’un processus de paix inclusif.
La Rédaction

