Pour la troisième année consécutive, le Soudan arrive en tête du classement mondial des crises humanitaires établi par l’International Rescue Committee (IRC). Un signal fort, alors que la guerre qui ravage le pays depuis avril 2023 continue de s’intensifier dans un contexte de recul inédit de l’aide internationale.
Une guerre totale aux conséquences massives
Né d’un affrontement de pouvoir entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FAR), le conflit s’est rapidement transformé en une catastrophe humaine d’ampleur historique. Massacres de civils, violences sexuelles généralisées, déplacements forcés et famine progressive ont fait du Soudan l’épicentre de l’urgence humanitaire mondiale.
Selon les Nations unies, plus de 40 000 personnes ont été tuées, un bilan largement sous-estimé d’après les ONG. Plus de 14 millions de personnes ont fui leurs foyers, faisant du pays le théâtre de la plus grande crise de déplacement au monde.
Un « nouveau désordre mondial » en toile de fond
Au-delà du seul cas soudanais, la liste de surveillance de l’IRC met en lumière une dynamique globale inquiétante. Les vingt pays identifiés, parmi lesquels les territoires palestiniens occupés, le Sud-Soudan, Haïti, la RDC ou encore l’Ukraine, ne représentent que 12 % de la population mondiale mais concentrent près de 90 % des besoins humanitaires.
Pour l’IRC, cette concentration traduit l’émergence d’un « nouveau désordre mondial », marqué par l’effondrement des mécanismes internationaux hérités de l’après-Seconde Guerre mondiale, au profit de conflits nourris par la quête de pouvoir et de ressources. Au Soudan, le commerce de l’or illustre cette économie de guerre dont les civils paient le prix.
L’aide humanitaire en recul critique
Alors que les besoins explosent, le financement humanitaire mondial a chuté de près de 50 % en un an. Une baisse alarmante qui menace directement l’accès à l’aide et expose davantage les populations, mais aussi les travailleurs humanitaires, à des risques accrus. L’IRC avertit : 2026 pourrait devenir l’année la plus dangereuse jamais enregistrée pour l’action humanitaire.
Le Darfour, au cœur des pires exactions
Dans la région du Darfour, la prise de contrôle d’El-Fasher par les FAR a donné lieu à de nouvelles atrocités. Témoignages, images satellites et rapports internationaux font état d’exécutions de civils, de violences sexuelles et d’une destruction méthodique des preuves. Les Nations unies évoquent des crimes de guerre et, potentiellement, des crimes contre l’humanité.
Face à cette spirale, l’IRC appelle à des décisions politiques fortes, dont la suspension du droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU en cas d’atrocités de masse. Un appel à rompre avec l’inaction, alors que le Soudan incarne désormais, plus que tout autre pays, la faillite collective face à l’urgence humaine.
La Rédaction
Sources et références :
International Rescue Committee (IRC), Nations unies, Associated Press, Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

