À Antananarivo, la saison des pluies ravive une peur ancienne mais toujours vive. Sur les hauteurs de la capitale malgache, la colline de Manjakamiadana est désormais considérée comme l’un des points les plus instables de la ville. Les autorités parlent d’un risque imminent d’éboulement, susceptible d’affecter près de 1 500 habitations et des milliers de vies.
Une instabilité géologique devenue critique
Les signaux d’alerte se multiplient. Selon les observations techniques menées sur le site, plusieurs blocs rocheux massifs présentent des fissures profondes, notamment dans les zones sommitales de la colline. Ces rochers, dont certains pèsent plusieurs tonnes, sont fragilisés par des pluies continues et des sols saturés en eau.
Dans ce contexte, le moindre choc — une forte averse, un orage violent ou même un impact de foudre — pourrait déclencher un effondrement en chaîne. Les versants Est et Ouest de Manjakamiadana sont désormais officiellement classés comme impropres à l’habitation.
1 490 maisons recensées dans les zones à risque
Le Bureau national de gestion des risques de catastrophes (BNGRC) a procédé à un recensement précis des habitations exposées. Le chiffre est sans appel : 1 490 maisons se trouvent directement menacées.
Plusieurs quartiers figurent parmi les plus vulnérables. À Ankadilàlana, 130 logements sont concernés. À Ambohipotsy, ce sont 170 foyers. Faliarivo Ambanidia compte 110 maisons exposées. D’autres zones comme Ankazotokana Ambony, Andafiavaratra et Ambohitsiroavana concentrent à elles seules plus de 300 habitations à risque.
À ces dangers naturels s’ajoutent des facteurs humains aggravants : constructions en surplomb, murs de soutènement fissurés, habitations bâties sans fondations adaptées. Autant d’éléments susceptibles d’accélérer un drame.
Les autorités appellent à l’évacuation des zones rouges
Face à l’urgence, une réunion exceptionnelle a été convoquée sous l’autorité du préfet de police d’Antananarivo. Les instructions transmises sont fermes : renforcer la sensibilisation des populations et encourager les habitants des secteurs classés en « zones rouges » à quitter temporairement les lieux.
Les chefs de fokontany, les services de secours et les équipes locales seront mobilisés pour informer directement les riverains. L’objectif est d’éviter toute perte humaine en cas d’effondrement soudain.
Une colline marquée par des drames récents
Manjakamiadana porte encore les stigmates de tragédies passées. Entre 2018 et 2019, plusieurs éboulements avaient déjà coûté la vie à une dizaine de personnes. D’autres décès avaient été enregistrés à la suite de glissements de terrain et d’effondrements de murs.
Chaque année, à l’approche des pluies, des drapeaux rouges sont installés pour signaler le danger. Mais ces avertissements restent souvent insuffisants. Le manque de solutions de relogement durables pousse de nombreuses familles à rester, malgré les risques.
Aujourd’hui, la Préfecture, le BNGRC et la Commune urbaine d’Antananarivo affirment vouloir agir de manière coordonnée pour sécuriser durablement la colline. Reste à savoir si les moyens suivront l’ampleur de la menace.
La Rédaction

