Le mariage des mineures est interdit au Soudan du Sud depuis 2008, mais cette pratique persiste malheureusement, souvent sans attirer l’attention médiatique. Cependant, l’union forcée d’Athiak Dau Riak, une jeune fille âgée de 14 ans selon sa mère, a provoqué un vif débat national. Son père, soutenant que sa fille est âgée de 19 ans et consentante, l’a littéralement mise aux enchères, tandis que sa mère conteste ce mariage et assure pouvoir prouver l’âge réel d’Athiak. Cette affaire a fait grand bruit dans ce pays d’Afrique de l’Est, où la question des mariages forcés reste un enjeu social majeur.
Deux quadragénaires en compétition
Deux hommes, tous deux quadragénaires et membres de clans différents de l’État de Jonglei, se disputaient la main de la jeune fille, faisant rapidement grimper la valeur de la dot. Après des mois de compétition, Chol Marol Deng a remporté cette « enchère » en offrant à la famille d’Athiak 123 bovins, un terrain et 120 millions de livres sud-soudanaises (environ 39 600 euros). Le mariage a finalement eu lieu en juin, mais l’histoire aurait pu rester confinée à la sphère familiale si des vidéos et photos de l’événement n’avaient pas été partagées sur les réseaux sociaux, déclenchant une viralité inattendue.
Un mariage viral et controversé
En ligne, Athiak Dau Riak a été acclamée pour sa taille et sa beauté, certains la surnommant même « la mariée la plus chère du Soudan du Sud ». Sur TikTok et d’autres plateformes, des internautes ont pris parti pour l’un ou l’autre des prétendants, alimentant le buzz autour de ce mariage. Cependant, l’affaire a également attiré l’attention de Josephine Adhet Deng, une avocate qui a intenté une action en justice contre le père de la jeune fille pour avoir permis le mariage d’une mineure. Elle réclame qu’Athiak, envoyée au Kenya après la cérémonie, soit ramenée et que justice soit faite.
Athiak, quant à elle, est restée silencieuse sur la controverse entourant son mariage. Cependant, dans une interview au Guardian avant la cérémonie, elle avait confié qu’elle aurait préféré poursuivre ses études si le mariage n’avait pas été déjà engagé.
Mariages d’enfants : une pratique encore courante
Ce scandale a remis en lumière la question des mariages d’enfants au Soudan du Sud. Malgré leur interdiction, ces unions restent très courantes. Selon l’Unicef, 52 % des filles sud-soudanaises sont mariées avant l’âge de 18 ans, certaines dès l’âge de 12 ans. Le mariage forcé d’Athiak n’est donc que la pointe de l’iceberg d’une réalité encore profondément ancrée dans le pays.
À l’échelle mondiale, l’Unicef estime que 122 millions de filles sont mariées chaque année avant d’atteindre l’âge adulte, avec une forte prévalence en Afrique subsaharienne, où plus d’un tiers des jeunes femmes sont mariées avant 18 ans.
Cette affaire, au-delà du scandale médiatique, pose à nouveau la question de l’éducation et des droits des jeunes filles dans une région où les traditions continuent de bafouer les lois.
La Rédaction

