Alors que l’accord de paix de 2018 vacille, la reprise de Nasir marque une escalade majeure dans la rivalité entre Salva Kiir et Riek Machar.
Le Soudan du Sud semble à nouveau au bord de l’abîme. Dimanche 20 avril, l’armée sud-soudanaise a annoncé la reprise de la ville stratégique de Nasir, dans l’État du Nil supérieur, après plusieurs semaines d’intenses affrontements avec les forces fidèles à l’ex-vice-président Riek Machar. Ce regain de violence intervient alors que l’accord de partage du pouvoir signé en 2018 est pratiquement caduc, mettant en péril les frêles acquis d’une paix relative.
Nasir, symbole d’un accord en ruine
Théâtre d’affrontements sanglants, la ville de Nasir est devenue le point de rupture d’un équilibre déjà précaire entre le président Salva Kiir et son ancien rival devenu partenaire politique contraint, Riek Machar. Ce dernier, aujourd’hui en résidence surveillée, voit son influence s’effondrer au fur et à mesure que ses bastions tombent aux mains de l’armée régulière. Nasir n’était pas qu’un enjeu territorial : elle était le dernier rempart politique de Machar dans le nord-est du pays.
Le rôle opaque de l’Ouganda dans la bataille
Les autorités sud-soudanaises ont reconnu avoir bénéficié d’un appui militaire de l’Ouganda, renforçant les interrogations sur les influences extérieures dans ce conflit interne. Une collaboration discrète mais efficace, qui a permis à l’armée de Salva Kiir de reprendre non seulement Nasir, mais aussi la ville voisine d’Ulang, longtemps contrôlée par les forces de Machar.
L’Armée blanche, catalyseur du chaos
La reprise de Nasir a également mis en lumière le retour d’un acteur redouté : l’Armée blanche, une milice Nuer composée principalement de jeunes combattants armés. Ce groupe, historiquement lié à Machar, aurait mobilisé jusqu’à 6 000 hommes pour attaquer un camp militaire début mars, provoquant la mort d’un général sud-soudanais. Ces milices, souvent incontrôlables, aggravent la fragmentation du conflit.
Une guerre civile qui ne dit pas son nom
Depuis mars, les combats ont causé la mort de plus de 200 personnes et le déplacement de 125 000 civils, selon les Nations unies. Derrière les chiffres, un constat alarmant : le Soudan du Sud, plus jeune État du monde depuis son indépendance en 2011, se dirige vers une nouvelle guerre civile. La guerre de 2013 à 2018 avait déjà fait environ 400 000 morts. L’histoire semble se répéter, tragiquement.
Un accord de paix en lambeaux
Le processus de paix amorcé en 2018 n’a jamais véritablement fonctionné. Méfiance réciproque, absence de désarmement réel, partage des pouvoirs chaotique : autant de signaux d’un échec annoncé. Aujourd’hui, Salva Kiir reprend la main, non par le dialogue, mais par la force. Et le silence de la communauté internationale devient de plus en plus assourdissant.
La Rédaction

